Nachtfoygl

C’est le message qui m’accueille toutes les nuits quand je me connecte à Claude. Ce que Claude ne sait pas, c’est que ma mère m’appelait « oiseau de nuit ». Avec tendresse et en yiddish : Nachtfoygl. (J’ai de tous temps repoussé le plus tard possible le moment de m’endormir).

Ce salut que Claude m’adresse (et qu’il adresse au même moment à des millions de noctambules, comme moi) prend chaque soir une résonance presque intime, étrangement familière et protectrice.

La fabrique des récits complotistes (introduction)

Le complotisme est un rapport au monde. C’est un discours politique : une défiance de principe face aux autorités. Une industrie prospère. C’est aussi une fabrique de récits et de contre-récits dont la confection repose sur un acte d’imagination – une fictionnalisation, une dramatisation du réel, une scénarisation du monde social. De nombreux auteurs ont d’ailleurs montré ce que les récits complotistes doivent et empruntent aux œuvres de fiction. Le terme anglais plot ne désigne-t-il pas à la fois l’intrigue (literary plot) et le complot (conspiracy plot) ? Mais ces récits ne sont pas pure fiction Ils greffent, sur un substrat de phénomènes, de faits historiques avérés et de complots passés documentés mais souvent surinterprétés, « tout un écheveau de connexions imaginaires et de liens causaux fictifs[1] ».

Crash aérien, catastrophe naturelle, attentat ou tentative d’attentat, fusillade de masse dans une école ou dans un lieu public, disparition, accident industriel, épidémie… Il suffit qu’un événement tragique, exceptionnel ou insolite se produise pour que voie le jour toute une série de récits alternatifs prenant le contrepied des récits communément admis, rebaptisés « versions officielles » (celles des médias, des gouvernements ou des institutions). La fabrique des récits complotistes tourne désormais à plein régime. Dynamisée par les algorithmes des plateformes, amplifiée par les usines à trolls, boostée par des intelligences artificielles génératives et des chatbots conversationnels.

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«L’affaire Epstein permet d’observer comment les motifs narratifs complotistes sont combinés pour fabriquer de nouvelles fables»

Un entretien avec Floriane Zaslavsky (LeTemps.ch)

Quand l’affaire Epstein s’est emballée, les théories du complot ont aussitôt envahi l’espace médiatique. Le phénomène n’a rien d’accidentel: derrière chaque grand événement, les mêmes motifs narratifs refont surface, recyclés et recombinés à l’infini. C’est cette mécanique que Maurice Ronai, cofondateur de Courrier international et engagé de longue date dans la lutte contre la désinformation, décortique dans La Fabrique des récits complotistes (Ed. Premier Parallèle, le 30 avril). Un abécédaire aussi rigoureux que salutaire. Nous l’avons rencontré.

Le Temps: L’affaire Epstein est vertigineuse: ne semble-t-elle pas, de prime abord, valider un certain nombre des récits complotistes?

Maurice Ronai: Sur le fond, tout qui ressort dans cette affaire conforte l’idée que les élites bénéficient d’un traitement de faveur. La justice américaine comme la justice française ont été défaillantes. Les premières enquêtes de presse elles-mêmes n’ont pas été aussi poussées qu’elles auraient dû l’être, par peur de représailles des avocats de Jeffrey Epstein. On peut comprendre qu’un débat se soit ouvert après la publication de ces fichiers: et si les complotistes avaient raison? Pour y répondre, il faut retracer la chronologie de leurs discours. Dès 2015, Alex Jones [animateur du site conspirationniste d’extrême droite Infowars, ndlr] commence à parler d’Epstein. Mais c’est pour en faire le protagoniste d’un complot pédophile mondial imaginaire, et y impliquer les Clinton ainsi qu’une partie de l’intelligentsia progressiste.

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Conseil constitutionnel : la préservation de l’Etat de droit confiée à un «club de retraités» de droite

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Tribune publiée dans Libération le 3 avril 2025

Marine Le Pen a été condamnée ce lundi 31 mars à deux ans de prison ferme et à cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate au procès des assistants parlementaires du RN. La décision du Conseil constitutionnel dans la question prioritaire de constitutionnalité (QPC), relative à la démission d’office d’un élu local, n’aura finalement pas dissuadé les juges de prononcer l’exécution provisoire de la peine d’inéligibilité à l’encontre de l’ex-candidate à la présidentielle. Les «sages», soucieux de ne pas donner l’impression de s’immiscer dans l’élection présidentielle, s’étaient bien gardés de prendre une position tranchée. Ils avaient toutefois invité discrètement le juge pénal à apprécier la proportionnalité d’une exécution provisoire au regard de la liberté de l’électeur, et donc son effet sismique sur l’élection présidentielle. On imagine l’inconfort du tribunal correctionnel face à cette mise en garde feutrée des sages, publiée trois jours avant qu’il ne rende son jugement.

Les cours constitutionnelles sont dans la ligne de mire des forces populistes et autoritaires, comme on l’a vu en Hongrie et en Pologne. En Allemagne, anticipant une forte progression de l’extrême droite au Bundestag, celui-ci a adopté, en décembre 2024, deux projets de loi visant à «renforcer la résilience de la Cour constitutionnelle fédérale». Rien de tel, en France. Au contraire, les dernières nominations, notamment, celle indécente de son président (1) ont encore affaibli l’institution. Il y avait, pourtant, urgence à renforcer son autorité en y désignant des personnalités incontestables.

Comment permettre au public de vérifier les faits : le projet Vera

La vérification des faits actualise, à l’ère des réseaux sociaux des savoir-faire journalistiques. Le fact-checking désigne le processus qui consiste à vérifier l’exactitude d’une ou plusieurs informations en les confrontant à sources fiables, des données factuelles et des preuves concrètes pour en évaluer la validité.Depuis le début des années 2000 aux États-Unis, puis progressivement ailleurs dans le monde, de nombreuses initiatives de fact-checking ont vu le jour : collectifs spécialisés et indépendants ou équipes et rubriques dédiées dans les agences de presse et les médias.

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Le Duke University Reporters’ Lab a dénombré plus de 400 rédactions de vérification des faits dans plus de 100 pays en 2023.

Le fact-checking est encadré par des organisations comme l’International Fact-Checking Network (IFCN) et l’’EFCSN, en Europe, qui établissent des standards rigoureux en matière de transparence, d’impartialité et d’indépendance pour les fact-checkers à travers le monde.

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Pourquoi les conspirationnistes détestent Wikipedia.

Les conspirationnistes ne ménagent pas leurs efforts pour introduire leurs « faits » et leurs interprétations des faits dans les pages de l’encyclopédie. S’ils souhaitent donner de la visibilité à leurs récits, les conspirationnistes souhaitent surtout faire bénéficier leurs énoncés du gage d’autorité sans pareil qu’apporte désormais Wikipédia : une forme de validation.

  1. Wikipédia au travers de ses règles (la vérifiabilité, en premier lieu), de procédures et de dispositifs divers, se montre, au final, assez efficace pour détecter les énoncés conspirationnistes et les écarter, a l’issue parfois de laborieuses guerres d’édition.
  • 2. Moins connu est le travail effectué par les wikipédiens qui consiste, non pas à écarter les récits conspirationnistes, mais, au contraire, à les collecter , après les avoir debunkés, et les ranger dans des sections et des pages dédiées.