Un entretien avec Floriane Zaslavsky (LeTemps.ch)
Quand l’affaire Epstein s’est emballée, les théories du complot ont aussitôt envahi l’espace médiatique. Le phénomène n’a rien d’accidentel: derrière chaque grand événement, les mêmes motifs narratifs refont surface, recyclés et recombinés à l’infini. C’est cette mécanique que Maurice Ronai, cofondateur de Courrier international et engagé de longue date dans la lutte contre la désinformation, décortique dans La Fabrique des récits complotistes (Ed. Premier Parallèle, le 30 avril). Un abécédaire aussi rigoureux que salutaire. Nous l’avons rencontré.
Le Temps: L’affaire Epstein est vertigineuse: ne semble-t-elle pas, de prime abord, valider un certain nombre des récits complotistes?
Maurice Ronai: Sur le fond, tout qui ressort dans cette affaire conforte l’idée que les élites bénéficient d’un traitement de faveur. La justice américaine comme la justice française ont été défaillantes. Les premières enquêtes de presse elles-mêmes n’ont pas été aussi poussées qu’elles auraient dû l’être, par peur de représailles des avocats de Jeffrey Epstein. On peut comprendre qu’un débat se soit ouvert après la publication de ces fichiers: et si les complotistes avaient raison? Pour y répondre, il faut retracer la chronologie de leurs discours. Dès 2015, Alex Jones [animateur du site conspirationniste d’extrême droite Infowars, ndlr] commence à parler d’Epstein. Mais c’est pour en faire le protagoniste d’un complot pédophile mondial imaginaire, et y impliquer les Clinton ainsi qu’une partie de l’intelligentsia progressiste.
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