Pour faire la guerre au virus, armons numériquement les enquêteurs sanitaires

Pourquoi se focaliser sur une application qu’il faudra discuter à l’Assemblée nationale et qui risque de ne jamais voir le jour, alors que nous devrions déjà nous concentrer sur la constitution et l’outillage numérique d’une véritable armée d’enquêteurs en épidémiologie ?

 

Tribune. Le débat sur l’apport du numérique à la résolution de la crise sanitaire actuelle est bien mal engagé. Une énergie considérable est consacrée à développer et affiner le controversé projet d’application de traçage StopCovid, dont la faisabilité et l’utilité restent pourtant sujettes à caution. Pendant qu’on en développe plusieurs versions, qu’on engage un bras de fer avec Google et Apple et qu’on mobilise les parlementaires à discuter et voter sur une application qui risque de ne jamais voir le jour, rien n’est dit de la préparation de l’équipement numérique de la «force sanitaire», cette «armée» d’enquêteurs de terrain qu’il va falloir déployer à partir du déconfinement pour remonter et casser les chaînes de transmission.

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Distanciation sociale

J’ai découvert ce terme, en traduisant, avec quelques amis, un texte de Tomas Pueyo, Coronavirus : Why You Must Act Now, paru en anglais sur Medium. Un article publié le 10 mars et vu, dans les jours qui suivirent par 26 millions de personnes.

 

Nous avions été frappés (c’était le 11 mars) par la rigueur analytique de ce papier et secoués par les prévisions qu’il formulait.  J’avais buté sur l’expression « social distancing » et proposé « distance sanitaire » au petit collectif de traducteurs improvisés, qui a finalement retenu « distanciation sociale » car l’expression s’était déjà imposée dans la corona-langue qui était sur le point d’émerger.

Comme d’autres, je trouvais cette expression  totalement inappropriée : s’il convenait d’instaurer une « distance physique », il fallait au contraire s’appuyer sur la « société », faire appel à des ressorts collectifs pour affronter et traverser cette crise.

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Si ce n’est pas une guerre, ça y ressemble

 « Nous sommes en guerre ». Ce mot « guerre », réitéré six fois le 16 mars par le Président de la République, a suscité pas mal de commentaires. Ironiques. Ou indignés : « ce n’est pas plus une guerre que la guerre contre le terrorisme ». « Nous ne voulons pas être gouvernés comme en temps de guerre, mais comme en temps de pandémie »

C’est vrai …Nous ne sommes pas en guerre

Nous ne sommes pas en guerre au sens où il n’y a pas d’ennemi : le Covid19 n’est pas un acteur stratégique. Il n’est pas doué de volonté et il ne réagit pas à nos actions. On ne signe pas la paix avec un virus.

Il reste que vu de l’Élysée ou de Matignon, cela ressemble pas mal à une guerre. Le Président de la République et le Premier ministre savent que chaque décision ou non-décision aura un prix élevé. En vies humaines (par milliers), en dizaines et centaines de milliards (300 milliards pour le soutien de l’économie).`

« Quoi qu’il coûte » : c’est une formule de guerre.

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Corona-choc

BYD, le géant chinois des batteries et des véhicules électriques, s’est doté en urgence d’une usine pour fabriquer des masques. Au moment de l’arrivée du coronavirus,  BYD a voulu fabriquer des masques uniquement pour le personnel de l’usine. Puis il a équipé les chauffeurs de bus, de taxi. BYD vient d’annoncer  la création de la plus grande usine de production de masques du monde, d’une capacité de 5 millions de masques par jour et de 300.000 bouteilles de gel hydro-alcoolique.

16 mars 2020

C’est dingue ce que cette crise révèle, jour après jour.

Nous ne sommes plus capables de lancer la production en masse d’un produit aussi simple que des masques ….

Ni celle des tests à grande échelle, alors que les Coréens en produisent 18 000 par jour

Le choc est dur : nous combattons le virus avec des techniques moyenageuses (le confinement).

Je suis le premier surpris à me voir tenir des propos déclinistes.

Deepfake

Contraction de deep learning (apprentissage profond, une forme d’intelligence artificielle) et fake (faux, en anglais), le terme deepfake (hypertrucage) désigne aussi bien le procédé (une technique de synthèse d’images basée sur l’intelligence artificielle pour créer des trucages très réalistes) que son résultat : des contenus vidéos ou audio trompeurs.

La falsification de sons, d’images et de vidéos, n’est pas un phénomène nouveau : des logiciels de montage et de retouche d’images permettaient déjà de manipuler images et vidéos.

La nouveauté réside dans le réalisme des trucages, dans leur sophistication (avec la simulation des mouvements faciaux), dans la relative facilité d’usage de ces outils et dans leur disponibilité. Lire la suite

Virus chinois : des théories alternatives recyclent de vieux schémas narratifs pour minimiser ou dramatiser le caractére pathogène du virus de Wuhan

Le nouveau virus apparu début décembre 2019 sur un marché de Wuhan (Chine) a donné lieu à de nombreuses rumeurs et commentaires complotistes.

On voit aussi se déployer une stratégie du soupçon, articulée autour d’une batterie de questions : que nous cache-t-on ? A qui profite l’épidémie ? Jusqu’à mettre en doute l’origine animale et infectieuse du virus (pour suggérer qu’il est une création humaine). Pour minimiser son caractère pathogène. Ou au contraire pour exagérer les risques de pandémie.

Les schémas narratifs et interprétatifs mis au point et rôdés, à l’occasion des diverses épidémies qui se sont succédé : VIH, SRAS en 2003, H1N1 en 2009 – 2010, Ebola en 2014) ont laissé des traces.

Ce sont ces mêmes schémas narratifs, prêts à l’emploi, qui sont ainsi réactivés, recyclés, actualisés, pour l’épidémie du coronarovirus.

Dans les jours qui suivent l’annonce officielle de la découverte d’un nouveau coronavirus (2019-nCoV, différent des virus SARS-CoV, MERS-CoV) par les autorités sanitaires chinoises et l’OMS, les premiers doutes quant à l’origine infectieuse du coronarovirus s’expriment sur les forums d’extrême-droite (qanon et 4chan), sur les forums anti-vaccin, sur Reddit/conspiracy. Des doutes et très vite des théories, relayés sur Facebook et Twitter le 22-23 janvier, relayés, enrichis, développés par les sites les plus influents de la complosphere aux Etats-Unis (comme Infowars ou ZeroHedge) et propagés très rapidement dans le monde entier.

Ces théories alternatives s’agencent, autour de quelques récits.

  • Le coronavirus a été fabriqué dans un laboratoire destiné à la mise au point d’armes biologiques (cette théorie s’appuie et tire parti d’une coïncidence : l’unique laboratoire sécurisé P4 en Chine est justement basé à Wuhan)
  • le coronavirus avait été breveté 2 ans avant l’épidémie. Le lien vers un brevet effectivement déposé et daté du 20 novembre 2018 va tenir lieu de « preuve » (le smoking gun ») que ce virus a été fabriqué en laboratoire.
  • un complot pour forcer les gens à se vacciner : cette théorie, propagée par les communautés anti-vaccin pointe du doigt les groupes pharmaceutiques, accusés de vouloir réaliser des profits grâce à la mise au point d’un vaccin, après avoir propagé volontairement le coronavirus. Une variante affirme que la fondation Bill Gates est à l’origine de l’épidémie : elle finance l’institut Pirbright, ayant travaillé sur le virus aviaire.
  • Un virus militarisé d’origine américaine : l’État profond américain aurait introduit ce virus en Chine pour déstabiliser le régime chinois et isoler la Chine du reste du monde.

 

Incendies en Australie : une offensive climatosceptique amplifiée par la complosphère

Des pyromanes à l’origine des incendies en Australie ? Non, un « récit » propagé par la presse climatosceptique et relayé par une myriade de sites complotistes.

Depuis le mois de septembre, des centaines d’incendies ravagent l’Australie. Le gouvernement australien, et son Premier ministre Scott Morrisonnotoirement climatosceptique, refusent depuis plusieurs semaines de reconnaître que le changement climatique accélère la fréquence et aggrave l’ampleur des feux de forêt. Les climatosceptiques australiens ont entrepris de mettre l’accent sur l’origine criminelle des incendies, en propageant le chiffre de 183 pyromanes arrêtés pour avoir allumé des feux de brousse en Australie. Selon Richie Merzian, directeur du programme sur le climat et l’énergie de l’Australia Institute, ces théories « sont utilisées pour détourner l’attention des discussions sur les changements climatiques ».
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Crash en Iran : trouble dans la complosphère après l’aveu iranien d’un tir accidentel

La reconnaissance officielle, par l’Iran, de sa responsabilité dans le crash d’un Boeing ukrainien le 8 janvier dernier a plongé la complosphère dans le désarroi. Aujourd’hui, les plus irréductibles continuent d’évoquer un piège tendu à Téhéran par Washington.

Dès l’annonce du crash du vol 752 de la Ukraine International Airlines en Iran le 8 janvier dernier, une partie de la complosphère a très vite entrepris de démontrer que la République islamique ne pouvait pas être à l’origine de la tragédie. Puis a redoublé d’inventivité dans la défense du régime iranien quand celui-ci, mis en cause par le Canada puis les États-Unis, a nié farouchement être à l’origine du drame qui a provoqué la mort de 176 civils. Trois jours plus tard, toutefois, plusieurs sites complotistes se sont retrouvés en porte-à-faux, quand les autorités iraniennes ont finalement admis leur responsabilité dans ce qu’elles décrivent comme un « tir accidentel ».
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Comment la complosphère a-t-elle accueilli l’élimination du général Soleimani ?

L’élimination du chef de la Force Al-Qods, Qassem Soleimani, a relancé la mécanique conspirationniste. Avec des effets inattendus…

Il suffit généralement qu’un événement un peu exceptionnel se produise pour que la mécanique complotiste se mette en branle : crash aériens, attentats, assassinats, exécutions ciblées et massacres de masse se prêtent facilement à la réécriture du réel. La contestation complotiste de la « version officielle » peut remplir des fonctions distinctes :

  • mettre en doute de la réalité de l’événement par la dénonciation d’une mise en scène (par exemple l’affirmation selon laquelle tel personnalité réputée morte serait encore en vie) ;
  • suggérer que l’événement ne s’est pas produit de la manière dont on cherche à nous le faire croire (ainsi, Oussama Ben Laden serait mort bien avant la date alléguée de son exécution par les Américains en 2011) ;
  • pointer un doit accusateur vers d’autres responsables que ceux qui sont désignés par la « version officielle » : on retrouve là la thèse du « false flag », appuyée sur le mantra « à qui profite le crime ».

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D’Obama à Trump, de Ben Laden à Al-Baghdadi : Essai d’intericonicité

Cette photo a été postée sur Twitter quelques heures après l’assaut contre la résidence d’Abou Bakr Al-Baghdadi.

Le visage fermé, Donald Trump assiste, en direct, dans la « situation room », à l’assaut mené par ses forces spéciales contre le chef de Daesch. Il est entouré de son vice-président Mike Pence, du conseiller à la sécurité nationale Robert O’Brien, du secrétaire à la Défense Mark Esper, du chef d’état-major des armées Mark A. Milley, et du responsable des opérations de l’état-major des armées, le général Marcus Evans.

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