Disposons-nous des données nécessaires pour piloter le déconfinement ?

 La gestion de la crise sanitaire repose assez largement sur deux macro-indicateurs : le taux de reproduction et le nombre de nouvelles contaminations quotidiennes. L’institut Pasteur vient de nous apprendre qu’autour de 3 900 personnes ont probablement contracté le virus (avec une fourchette allant de 2 600 à 6 300 personnes) : le même modèle prévoyait plutôt 1 300 infections quotidiennes (entre 840 et 2 300) en ce début de semaine. Le taux de reproduction est, pour sa part, passé de 0,5 à 0,65 et 0,7 On sait que les modèles sont des constructions fragiles. C’est sur la base de ces deux macro-indicateurs que le gouvernement pourrait être conduit, s’ils remontaient,, à re-durcir les mesures de restriction. Il faut qu’il ait confiance dans la pertinence de ces indicateurs et dans leur valeur prédictive. Et la société avec lui (même s’ils ne sont pas rendus publics). Lire la suite

 Pour faire la guerre au virus, armons numériquement les enquêteurs sanitaires

Pourquoi se focaliser sur une application qu’il faudra discuter à l’Assemblée nationale et qui risque de ne jamais voir le jour, alors que nous devrions déjà nous concentrer sur la constitution et l’outillage numérique d’une véritable armée d’enquêteurs en épidémiologie ?

 

Tribune. Le débat sur l’apport du numérique à la résolution de la crise sanitaire actuelle est bien mal engagé. Une énergie considérable est consacrée à développer et affiner le controversé projet d’application de traçage StopCovid, dont la faisabilité et l’utilité restent pourtant sujettes à caution. Pendant qu’on en développe plusieurs versions, qu’on engage un bras de fer avec Google et Apple et qu’on mobilise les parlementaires à discuter et voter sur une application qui risque de ne jamais voir le jour, rien n’est dit de la préparation de l’équipement numérique de la «force sanitaire», cette «armée» d’enquêteurs de terrain qu’il va falloir déployer à partir du déconfinement pour remonter et casser les chaînes de transmission.

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Distanciation sociale

J’ai découvert ce terme, en traduisant, avec quelques amis, un texte de Tomas Pueyo, Coronavirus : Why You Must Act Now, paru en anglais sur Medium. Un article publié le 10 mars et vu, dans les jours qui suivirent par 26 millions de personnes.

 

Nous avions été frappés (c’était le 11 mars) par la rigueur analytique de ce papier et secoués par les prévisions qu’il formulait.  J’avais buté sur l’expression « social distancing » et proposé « distance sanitaire » au petit collectif de traducteurs improvisés, qui a finalement retenu « distanciation sociale » car l’expression s’était déjà imposée dans la corona-langue qui était sur le point d’émerger.

Comme d’autres, je trouvais cette expression  totalement inappropriée : s’il convenait d’instaurer une « distance physique », il fallait au contraire s’appuyer sur la « société », faire appel à des ressorts collectifs pour affronter et traverser cette crise.

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Si ce n’est pas une guerre, ça y ressemble

 « Nous sommes en guerre ». Ce mot « guerre », réitéré six fois le 16 mars par le Président de la République, a suscité pas mal de commentaires. Ironiques. Ou indignés : « ce n’est pas plus une guerre que la guerre contre le terrorisme ». « Nous ne voulons pas être gouvernés comme en temps de guerre, mais comme en temps de pandémie »

C’est vrai …Nous ne sommes pas en guerre

Nous ne sommes pas en guerre au sens où il n’y a pas d’ennemi : le Covid19 n’est pas un acteur stratégique. Il n’est pas doué de volonté et il ne réagit pas à nos actions. On ne signe pas la paix avec un virus.

Il reste que vu de l’Élysée ou de Matignon, cela ressemble pas mal à une guerre. Le Président de la République et le Premier ministre savent que chaque décision ou non-décision aura un prix élevé. En vies humaines (par milliers), en dizaines et centaines de milliards (300 milliards pour le soutien de l’économie).`

« Quoi qu’il coûte » : c’est une formule de guerre.

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