Disposons-nous des données nécessaires pour piloter le déconfinement ?

 La gestion de la crise sanitaire repose assez largement sur deux macro-indicateurs : le taux de reproduction et le nombre de nouvelles contaminations quotidiennes. L’institut Pasteur vient de nous apprendre qu’autour de 3 900 personnes ont probablement contracté le virus (avec une fourchette allant de 2 600 à 6 300 personnes) : le même modèle prévoyait plutôt 1 300 infections quotidiennes (entre 840 et 2 300) en ce début de semaine. Le taux de reproduction est, pour sa part, passé de 0,5 à 0,65 et 0,7 On sait que les modèles sont des constructions fragiles. C’est sur la base de ces deux macro-indicateurs que le gouvernement pourrait être conduit, s’ils remontaient,, à re-durcir les mesures de restriction. Il faut qu’il ait confiance dans la pertinence de ces indicateurs et dans leur valeur prédictive. Et la société avec lui (même s’ils ne sont pas rendus publics). Lire la suite

Disposons nous de la bonne organisation pour contrôler la circulation du virus ?

Les centres d’appels de la CNAM risquent d’être vite débordés si les médecins jouent le jeu et transmettent à la CNAM les « contacts » que les personnes testées positives auront accepté de leur communiquer. Et s’ils ne sont pas débordés, c’est que le dispositif aura manqué sa cible. 

L’expérience des épidémies nous enseigne qu’il faut des « travailleurs de santé », en nombre, professionnels et volontaires pour casser les chaînes de transmission. Pour identifier et circonscrire les foyers (nouveaux mais aussi anciens) de propagation. Pour identifier et isoler, le cas échéant,  les « propagateurs potentiels » du virus que sont les personnes en contact chaque jour avec des centaines de personnes

Le dispositif des 3000 agents dans les centres d’appel de la CNAM, même renforcés par les 200 épidémiologistes des ARS est-il dimensionné pour faire face a cette mission ?

Ne conviendrait-il pas de s’inspirer du dispositif mis en place en Autriche, avec ces ambulances qui circulent à Vienne, prêtes à se rendre au domicile d’une personne qui manifeste des symptômes avancés de la maladie ? Est il prudent d’attendre que cette personne obtienne un rendez-vous avec son médecin (24h), que celui-ci lui recommande d’aller se faire tester, qu’elle le fasse le lendemain, puis attendre encore 24 ou 48 heures avant d’en connaître les résultats pour qu’un médecin ou un agent de la CNAM la contacte, lui prescrive les mesures d’isolement appropriées (et lui signe un arrêt de travail) ? C’est une course de vitesse.

Faut-il attendre qu’un facteur manifeste les signes de la maladie pour qu’il aille se faire tester ? Ne serait-il pas plus prudent de mener des tests de manière proactive auprès des contrôleurs SNCF ou RATP, enseignants, pharmaciens, commerçants, postiers, agents dans les guichets, conducteurs, policiers, bénévoles assurant des distributions, et bien sûr acteurs de santé…

Faut-il attendre que plusieurs personnes dans une entreprise, dans une prison, dans un foyer de travailleurs manifestent les signes de la maladie pour identifier un foyer de propagation ? Ne conviendrait-il pas d’étendre le dispositif Covisan, mis en place par l’AP-HP, pour aller au-devant de ces foyers, avec des unités de dépistage mobiles ? Et s’appuyer, outre les médecins de villes, sur les infirmiers et infirmières libéraux, les centres médicaux sociaux ou les CPTS, les communautés territoriales de santé.

Il convient, d’ores et déjà, d’imaginer un dispositif d’équipes mobile pour aller au-devant des foyers de transmission pour éteindre les départs de feu.

De la tactique du marteau à la stratégie du filet

Malgré toutes ses limites, c’est la métaphore de la guerre qui s’impose pour aborder la stratégie de sortie du confinement. La mise en échec du virus ne saurait reposer sur une “guerre aux personnes atteintes ou suspectes”. S’il est utile d’identifier ces personnes pour les tester, c’est le virus lui-même qu’il convient de traquer. Et tant qu’on ne saura pas l’éradiquer dans nos corps, c’est à sa transmission qu’il faut s’attaquer, foyer de propagation après foyer de propagation. Après la tactique du “marteau” (on met tout le monde sous clef et sous cloche par le confinement), c’est une stratégie du ”filet” qu’il convient de déployer. Un filet dont les mailles devront être les plus fines possible.

Cette stratégie du filet s’apparente plus à une guerre de mouvement qu’à une guerre de position. Elle repose sur la vitesse, l’agilité,  l’apprentissage, le recueil de données et leur analyse aussi rapide que possible. Ce qui ne peut se faire sans la participation active de chacun. 

Deux dispositifs, pour casser les chaînes de transmission et identifier les foyers de propagation  Lire la suite

 Pour faire la guerre au virus, armons numériquement les enquêteurs sanitaires

Pourquoi se focaliser sur une application qu’il faudra discuter à l’Assemblée nationale et qui risque de ne jamais voir le jour, alors que nous devrions déjà nous concentrer sur la constitution et l’outillage numérique d’une véritable armée d’enquêteurs en épidémiologie ?

 

Tribune. Le débat sur l’apport du numérique à la résolution de la crise sanitaire actuelle est bien mal engagé. Une énergie considérable est consacrée à développer et affiner le controversé projet d’application de traçage StopCovid, dont la faisabilité et l’utilité restent pourtant sujettes à caution. Pendant qu’on en développe plusieurs versions, qu’on engage un bras de fer avec Google et Apple et qu’on mobilise les parlementaires à discuter et voter sur une application qui risque de ne jamais voir le jour, rien n’est dit de la préparation de l’équipement numérique de la «force sanitaire», cette «armée» d’enquêteurs de terrain qu’il va falloir déployer à partir du déconfinement pour remonter et casser les chaînes de transmission.

Lire la suite

Distanciation sociale

J’ai découvert ce terme, en traduisant, avec quelques amis, un texte de Tomas Pueyo, Coronavirus : Why You Must Act Now, paru en anglais sur Medium. Un article publié le 10 mars et vu, dans les jours qui suivirent par 26 millions de personnes.

 

Nous avions été frappés (c’était le 11 mars) par la rigueur analytique de ce papier et secoués par les prévisions qu’il formulait.  J’avais buté sur l’expression « social distancing » et proposé « distance sanitaire » au petit collectif de traducteurs improvisés, qui a finalement retenu « distanciation sociale » car l’expression s’était déjà imposée dans la corona-langue qui était sur le point d’émerger.

Comme d’autres, je trouvais cette expression  totalement inappropriée : s’il convenait d’instaurer une « distance physique », il fallait au contraire s’appuyer sur la « société », faire appel à des ressorts collectifs pour affronter et traverser cette crise.

Lire la suite

Si ce n’est pas une guerre, ça y ressemble

 « Nous sommes en guerre ». Ce mot « guerre », réitéré six fois le 16 mars par le Président de la République, a suscité pas mal de commentaires. Ironiques. Ou indignés : « ce n’est pas plus une guerre que la guerre contre le terrorisme ». « Nous ne voulons pas être gouvernés comme en temps de guerre, mais comme en temps de pandémie »

C’est vrai …Nous ne sommes pas en guerre

Nous ne sommes pas en guerre au sens où il n’y a pas d’ennemi : le Covid19 n’est pas un acteur stratégique. Il n’est pas doué de volonté et il ne réagit pas à nos actions. On ne signe pas la paix avec un virus.

Il reste que vu de l’Élysée ou de Matignon, cela ressemble pas mal à une guerre. Le Président de la République et le Premier ministre savent que chaque décision ou non-décision aura un prix élevé. En vies humaines (par milliers), en dizaines et centaines de milliards (300 milliards pour le soutien de l’économie).`

« Quoi qu’il coûte » : c’est une formule de guerre.

Lire la suite

Corona-choc

BYD, le géant chinois des batteries et des véhicules électriques, s’est doté en urgence d’une usine pour fabriquer des masques. Au moment de l’arrivée du coronavirus,  BYD a voulu fabriquer des masques uniquement pour le personnel de l’usine. Puis il a équipé les chauffeurs de bus, de taxi. BYD vient d’annoncer  la création de la plus grande usine de production de masques du monde, d’une capacité de 5 millions de masques par jour et de 300.000 bouteilles de gel hydro-alcoolique.

16 mars 2020

C’est dingue ce que cette crise révèle, jour après jour.

Nous ne sommes plus capables de lancer la production en masse d’un produit aussi simple que des masques ….

Ni celle des tests à grande échelle, alors que les Coréens en produisent 18 000 par jour

Le choc est dur : nous combattons le virus avec des techniques moyenageuses (le confinement).

Je suis le premier surpris à me voir tenir des propos déclinistes.

Deepfake

Contraction de deep learning (apprentissage profond, une forme d’intelligence artificielle) et fake (faux, en anglais), le terme deepfake (hypertrucage) désigne aussi bien le procédé (une technique de synthèse d’images basée sur l’intelligence artificielle pour créer des trucages très réalistes) que son résultat : des contenus vidéos ou audio trompeurs.

La falsification de sons, d’images et de vidéos, n’est pas un phénomène nouveau : des logiciels de montage et de retouche d’images permettaient déjà de manipuler images et vidéos.

La nouveauté réside dans le réalisme des trucages, dans leur sophistication (avec la simulation des mouvements faciaux), dans la relative facilité d’usage de ces outils et dans leur disponibilité. Lire la suite

Incendies en Australie : une offensive climatosceptique amplifiée par la complosphère

Des pyromanes à l’origine des incendies en Australie ? Non, un « récit » propagé par la presse climatosceptique et relayé par une myriade de sites complotistes.

Depuis le mois de septembre, des centaines d’incendies ravagent l’Australie. Le gouvernement australien, et son Premier ministre Scott Morrisonnotoirement climatosceptique, refusent depuis plusieurs semaines de reconnaître que le changement climatique accélère la fréquence et aggrave l’ampleur des feux de forêt. Les climatosceptiques australiens ont entrepris de mettre l’accent sur l’origine criminelle des incendies, en propageant le chiffre de 183 pyromanes arrêtés pour avoir allumé des feux de brousse en Australie. Selon Richie Merzian, directeur du programme sur le climat et l’énergie de l’Australia Institute, ces théories « sont utilisées pour détourner l’attention des discussions sur les changements climatiques ».
Lire la suite

Crash en Iran : trouble dans la complosphère après l’aveu iranien d’un tir accidentel

La reconnaissance officielle, par l’Iran, de sa responsabilité dans le crash d’un Boeing ukrainien le 8 janvier dernier a plongé la complosphère dans le désarroi. Aujourd’hui, les plus irréductibles continuent d’évoquer un piège tendu à Téhéran par Washington.

Dès l’annonce du crash du vol 752 de la Ukraine International Airlines en Iran le 8 janvier dernier, une partie de la complosphère a très vite entrepris de démontrer que la République islamique ne pouvait pas être à l’origine de la tragédie. Puis a redoublé d’inventivité dans la défense du régime iranien quand celui-ci, mis en cause par le Canada puis les États-Unis, a nié farouchement être à l’origine du drame qui a provoqué la mort de 176 civils. Trois jours plus tard, toutefois, plusieurs sites complotistes se sont retrouvés en porte-à-faux, quand les autorités iraniennes ont finalement admis leur responsabilité dans ce qu’elles décrivent comme un « tir accidentel ».
Lire la suite