Crash en Iran : trouble dans la complosphère après l’aveu iranien d’un tir accidentel

La reconnaissance officielle, par l’Iran, de sa responsabilité dans le crash d’un Boeing ukrainien le 8 janvier dernier a plongé la complosphère dans le désarroi. Aujourd’hui, les plus irréductibles continuent d’évoquer un piège tendu à Téhéran par Washington.

Dès l’annonce du crash du vol 752 de la Ukraine International Airlines en Iran le 8 janvier dernier, une partie de la complosphère a très vite entrepris de démontrer que la République islamique ne pouvait pas être à l’origine de la tragédie. Puis a redoublé d’inventivité dans la défense du régime iranien quand celui-ci, mis en cause par le Canada puis les États-Unis, a nié farouchement être à l’origine du drame qui a provoqué la mort de 176 civils. Trois jours plus tard, toutefois, plusieurs sites complotistes se sont retrouvés en porte-à-faux, quand les autorités iraniennes ont finalement admis leur responsabilité dans ce qu’elles décrivent comme un « tir accidentel ».
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Comment la complosphère a-t-elle accueilli l’élimination du général Soleimani ?

L’élimination du chef de la Force Al-Qods, Qassem Soleimani, a relancé la mécanique conspirationniste. Avec des effets inattendus…

Il suffit généralement qu’un événement un peu exceptionnel se produise pour que la mécanique complotiste se mette en branle : crash aériens, attentats, assassinats, exécutions ciblées et massacres de masse se prêtent facilement à la réécriture du réel. La contestation complotiste de la « version officielle » peut remplir des fonctions distinctes :

  • mettre en doute de la réalité de l’événement par la dénonciation d’une mise en scène (par exemple l’affirmation selon laquelle tel personnalité réputée morte serait encore en vie) ;
  • suggérer que l’événement ne s’est pas produit de la manière dont on cherche à nous le faire croire (ainsi, Oussama Ben Laden serait mort bien avant la date alléguée de son exécution par les Américains en 2011) ;
  • pointer un doit accusateur vers d’autres responsables que ceux qui sont désignés par la « version officielle » : on retrouve là la thèse du « false flag », appuyée sur le mantra « à qui profite le crime ».

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D’Obama à Trump, de Ben Laden à Al-Baghdadi : Essai d’intericonicité

Cette photo a été postée sur Twitter quelques heures après l’assaut contre la résidence d’Abou Bakr Al-Baghdadi.

Le visage fermé, Donald Trump assiste, en direct, dans la « situation room », à l’assaut mené par ses forces spéciales contre le chef de Daesch. Il est entouré de son vice-président Mike Pence, du conseiller à la sécurité nationale Robert O’Brien, du secrétaire à la Défense Mark Esper, du chef d’état-major des armées Mark A. Milley, et du responsable des opérations de l’état-major des armées, le général Marcus Evans.

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Pourquoi la rhétorique antisémite de Trump va s’intensifier

Donald Trump aime bien affubler ses adversaires de surnoms dépréciatifs : Joe Biden est « Sleepy Creepy Joe », Hillary Clinton est « Crooked Hillary », et Bernie Sanders, « Crazy Bernie ». Autant de sobriquets que ses supporters aiment scander dans les meetings et relayer sur les réseaux sociaux.

Pour disqualifier Adam Schiff, le président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, en première ligne dans l’enquête visant à le destituer, Trump accole désormais à son nom le sobriquet « Shifty Schiff ». Comprendre : « Schiff le Sournois ». « Si vous pensez que cela sonne vaguement antisémite, vous avez raison », souligne Peter Beinart dans The ForwardRichard Silverstein rappelle qu’à l’époque de l’esclavage, les Blancs racistes traitaient les Noirs de « shiftless and lazy » (fainéants et paresseux) et que les antisémites qualifiaient les Juifs de « shifty and conniving » (sournois et fourbes). Lire la suite

L’effet West Wing

On célébrera cette année les 20 ans de la série The West Wing [1].

The West Wing a marqué les esprits : si elle donnait à voir les coulisses du pouvoir, si elle montrait (ce que l’on voit rarement) l’amont de la décision politique, les délibérations, les négociations et les compromis, elle proposait aux Américains utopie civique.

A partir de l’élection de George Bush, en 2000, la différence de comportement, de valeurs et de niveau intellectuel entre le président Bartlet et le Président Bush était tellement frappante qu’une grande partie de la population américaine trouvait dans TWW une forme de réconfort.

La triple actualité de The West Wing

  • Depuis l’élection de Trump, TWW retrouve la fonction réparatrice qu’elle avait assurée sous l’administration Bush : une fonction de refuge, voire même de thérapie. Josiah Bartlet est l’antithèse absolue de Donald Bush. Une partie du public américain se plonge (ou se replonge) dans TWW comme dans une « réalité alternative ». La série connaît des pics d’audience sur Netflix. La presse pointe régulièrement des phénomènes de « West Wing melancholy ».
  • Les primaires démocrates en 2019 et 2020 réactivent l’effet West Wing. On commence déjà à comparer les candidats aux personnages de la série : Elisabeth Warren est économiste comme le Président Bartlet, Julian Castro est latino comme Matt Santos. On sait déjà que TWW est la série préférée de Bernie Sanders.
  • Dans l’aile gauche du camp démocrate, le Président Bartlet a perdu son statut d’icône. Les démocrates qui s’étaient reconnus dans Bernie Sanders jettent désormais un regard critique sur TWW : ils contestent le style politique de Bartlet et son équipe (une approche morale de la politique), ses concessions (politiques mais aussi idéologiques) face aux Républicains, son manque d’ambition en matière sociale ou éducative, sa timidité dans le domaine de l’environnement. Ils portent un jugement sévère sur son bilan : de nobles discours mais peu de résultats. TWW illustre, selon eux, les renoncements du Parti Démocrate, son ralliement au libéralisme dominant. D’autres voix se font entendre pour pointer un casting quasi-exclusivement « blanc » et l’évitement par les auteurs de la série de la question raciale, pourtant omniprésente dans la vie politique américaine.

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Blockchain dans le domaine de l’énergie : où en est-on ?

Article initialement paru sur Le Monde de l’Energie   et sur ThinkSmartGrids

Blockchain dans le domaine de l’énergie : où en est-on ?

Conçue initialement pour gérer une nouvelle génération de monnaies et pour sécuriser des transactions sans tiers de confiance, la technologie Blockchain s’invite dans le paysage énergétique.

Promue par ses partisans comme un vecteur de transformation radicale du système énergétique, cette technologie suscite un intérêt croissant parmi les énergéticiens. Voire une certaine fébrilité. Un nombre croissant d’énergéticiens ont entrepris en 2017 et surtout en 2018 de conduire ou de s’impliquer dans toute une série de projets-pilotes et de « preuves de concept » L’année 2016 fut celle des premières expérimentations, généralement initiées par des startups, des collectifs locaux et quelques collectivités. Lire la suite

Quand Netflix et Amazon Prime Video diffusent des vidéos conspirationnistes

Il est permis de s’interroger sur les raisons qui conduisent ces plateformes à donner une telle visibilité à des œuvres aussi douteuses – et, au passage, à financer leurs auteurs.

Mis en cause pour leur responsabilité dans la propagation de contenus conspirationnistes, les réseaux sociaux (comme Facebook) et les plateformes de vidéos en ligne (comme YouTube) font valoir qu’elles ne peuvent être tenues responsables des contenus diffusés par des millions d’internautes et se retranchent derrière leur statut de simple hébergeur [1].

Toute autre est la situation de plateformes de vidéo à la demande. Avec des modèles différents (abonnement pour Netflix et Amazon Prime, location ou vente a l’unité pour Itunes et GooglePlay), ces plateformes composent elles-mêmes leur catalogue des films et séries. Elles en négocient âprement les droits (partage des revenus et calendrier) et n’offrent qu’un nombre limité de films et de séries, comme peuvent le constater leurs abonnés. Lire la suite

La Blockchain face au RGPD

Les principes classiques de la protection des données personnelles ont été conçus dans un monde où ceux qui détiennent les données sont des entités centralisées : or, les technologies de chaîne de blocs sont construites sur un modèle décentralisé et visent à se passer de tout organe de contrôle.

Cette antinomie presque structurelle entre chaîne de blocs et les principes de protection des données personnelles (avec, notamment, la nécessité d’identifier un responsable de traitement) donne lieu, depuis des années à des constats tranchés.

De nombreuses voix se font entendre pour estimer que les technologies de chaînes de blocs seraient inconciliables avec la protection des données personnelles dès lors qu’il serait impossible d’appliquer certains principes cardinaux de la protection des données personnelles comme l’identification du responsable de traitement, le droit à l’effacement ou la limitation de la durée de conservation. Lire la suite

Novitchok : ces théories alternatives qui empoisonnent les réseaux sociaux

Les spéculations complotistes sur les récents empoisonnements au Novitchok en Grande-Bretagne vont bon train. Le fait est que toutes ces explications alternatives, qui ont pour objectif de détourner l’attention de toute implication de la Russie, s’excluent mutuellement.

On se souvient du tir de barrage opposé en mars dernier par les médias russes et pro-Kremlin lorsque la police britannique mit en cause la Russie à propos de l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia : toute une série de théories furent alors invoquées par le gouvernement russe et ses médias pour expliquer l’utilisation de l’agent neurotoxique Novitchok sur le sol britannique. Les médias russes accusèrent le Royaume-Uni ou les États-Unis d’avoir mis en scène cet empoisonnement pour déstabiliser Vladimir Poutine à quelques jours de l’élection présidentielle. Ou d’avoir cherché à susciter un mouvement de boycott lors de la coupe du monde de football en Russie. Certains affirmaient que l’ex-agent russe aurait été exposé au produit « par accident » tandis que les services secrets britanniques se livraient à des expériences sur ce gaz innervant hautement toxique.

Quatre mois après la tentative d’empoisonnement de Sergueï Skripal, les « théories » propagées par les médias russes et leurs relais continuent de bénéficier d’une très forte visibilité sur les médias sociaux.

La découverte, le 30 juin dernier, de deux citoyens britanniques retrouvés inconscients chez eux à Amesbury (Angleterre, à 30 km de Salisbury) après avoir été exposés a ce même Novitchok (l’une des deux victimes étant entre temps décédée) constitue à ce titre un rebondissement majeur. Les enquêteurs de la police britannique essaient d’établir d’où vient la bouteille contenant du Novitchok retrouvée au domicile de Charlie Rowley (l’autre victime). Et doivent encore déterminer si le poison retrouvé dans la bouteille provient du lot qui avait contaminé Sergueï et Ioulia Skripal en mars. Ce sera la mission des experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), invités cette semaine par les autorités britanniques à venir effectuer des prélèvements à fin d’analyses.

Alors que l’enquête pourrait durer plusieurs mois, les médias russes et leurs relais désignent d’ores et déjà les coupables et leurs motivations. Une méthode déjà éprouvée par le passé concernant d’autres affaires comme l’assassinat de Boris Nemtsov, le crash du MH-17 ou les bombardements chimiques en Syrie.

Spécialisée dans la lutte contre la désinformation, l’équipe du Digital Forensic Research Lab de l’Atlantic Council (DFRLab) a identifié plus d’une dizaine de « théories » propagées sur les réseaux sociaux :

  1. RT a publié un article suggérant que les empoisonnements de Novitchok à Salisbury et à Amesbury proviendraient de Porton Down, un laboratoire militaire britannique.
  2. RT a publié l’analyse de l’expert russe en armes chimiques Anton Utkin, qui affirme que l’empoisonnement « n’était pas un accident mais une attaque terroriste ».
  3. RT reprend aussi la théorie selon laquelle cette nouvelle affaire d’empoisonnement, qui coïncide avec le sommet Trump-Poutine, aurait pour objectif de faire « distraction ».
  4. Cette affaire, souligne égaleemnt RT, coïncide curieusement avec l’organisation en Russie d’une « Coupe du Monde remarquablement réussie ».
  5. L’ambassade de Russie aux Pays-Bas fait valoir, dans un tweet, que la Russie « aurait été stupide d’utiliser une nouvelle fois le Novitchok après la session spéciale de la Conférence des États Parties (de l’OIAC) qui a habilité l’OIAC à désigner les auteurs d’attaques chimiques ».
  6. Selon le site complotiste américain Veterans Today, cet événement a été fabriqué pour détourner l’attention « de quelque chose d’autre que le gouvernement britannique ne souhaite pas voir publicisé ».
  7. Le même article suggère également que cet événement coïncide – comme par hasard ! – avec la célébration du 70ème anniversaire du National Health Service (NHS) : une manière d’exalter un service de santé publique qui a sauvé plusieurs des victimes du Novitchok (malgré un sous-financement chronique).
  8. Mondialisation.ca, le site complotiste canadien fondé par Michel Chossudovsky, suggère pour sa part que le couple d’Amesbury a pu être empoisonné par le MI5, le MI6, la CIA, le Mossad, voire par les services secrets français ou allemands.
  9. Sur Twitter, le compte complotiste TruthSeeker agite la piste ukrainienne.
  10. Sur sa page Facebook, Stranger than Fiction News envisage une fuite en provenance du laboratoire militaire de Porton Down, organisée par un technicien dévoyé.

Inutile de souligner que ces théories s’excluent mutuellement, l’empoisonnement ne pouvant pas être à la fois une attaque terroriste, un accident et une opération sous « faux drapeau » orchestrée par le gouvernement visant à discréditer la Russie.

Article initialement publié sur ConspiracyWatch

Ces algorithmes qui favorisent la propagation des théories du complot : le cas YouTube

Article initialement publié sur ConspiracyWatch

Alors que les gouvernements et la Commission européenne s’efforcent de responsabiliser les grandes plateformes numériques face à la circulation des « fausses nouvelles » et des « théories du complot », une série de recherches permet de mieux comprendre les mécanismes de leur propagation : le rôle central des algorithmes et, en arrière-plan, le modèle économique de ces plateformes fondé sur la publicité 

« Nous ouvrons Facebook, parcourons le fil, commentons, lâchons quelques likes, nous laissons happer par une vidéo en auto-play, poursuivons sur YouTube, cliquons sur les recommandations de la colonne de droite… Nous croyons agir librement, mais une grande partie de notre parcours n’est que celui qu’ont balisé pour nous les ingénieurs de ces plateformes, dont le but est de nous retenir actifs et captifs, pour collecter un maximum de données et nous proposer un maximum de pubs » (Uzbek et Rica). Lire la suite