Introduction de « Prévention et défense préventive. Débats américains » Maurice Ronai et Sami Makki CIRPES, Paris, mars 1999
La prévention tend à devenir la figure centrale, la forme dominante du langage stratégique, en Europe comme aux Etats-unis.
La prévention n’efface pas la forme stratégique dominante précédente : la dissuasion. Elle en prend le relais, comme la dissuasion, avait, en son temps, pris le relais de la forme « guerre ».
De la dissuasion à la prévention
La forme dissuasion reste pertinente et légitime dans son domaine d’élection : la dissuasion du nucléaire par le nucléaire. Avec l’effondrement de l’URSS et l’ampleur du désarmement organisé par les traités FNI et START, la dissuasion proprement nucléaire perd son caractère prioritaire.
En dehors du domaine nucléaire (en dehors de sa « niche militaro-strategique », pour reprendre une de ces métaphores managériales qu’affectionnent les auteurs américains), la dissuasion comme forme stratégique générale est de moins en moins opérante.
La dissuasion suppose un adversaire : elle s’exerce sur un décideur ou un centre de décision. Avec la prédominance de situations complexes, de conflits à trois camps, de menaces diffuses, difficilement attribuables ou assignables à un acteur central, la forme dissuasion perd une grande partie de sa pertinence.
Au nouvel état du monde, caractérisé par la prolifération de conflits locaux, interétatiques et surtout intraetatiques, correspond une nouvelle forme (ou langage) stratégique : la « prévention ».