Ils n’étaient pas tous d’accord pour larguer la bombe sur Hiroshima

Paul Tibbets, le pilote américain qui largua la bombe atomique sur Hiroshima en août 1945, est mort le 1 er novembre, à l’age de 92 ans.

Le 6 août 1945, alors jeune lieutenant-colonel de l’US Air Force, il était aux commandes du bombardier SuperFortress B-29 « Enola Gay » qui a largué, hors tests, la première bombe atomique de l’histoire de l’humanité.

Paul Tibbets n’avait que 30 ans lorsqu’il décolla aux commandes du SuperFortress B-29, avec ses 11 membres d’équipage d’une base américaine dans les Iles Mariannes. Le bombardier avait été baptisé « Enola Gay », le prénom de la mère de Paul Tibbets.

Le premier test nucléaire s’était déroulé avec succès moins d’un mois plus tôt, le 16 juillet 1945, dans le désert du Nouveau-Mexique. Dès lors tout va aller vite. Le 24 juillet, le président Harry Truman approuve la décision de mener une campagne de bombardements atomiques contre le Japon jusqu’à sa capitulation. Le 31 juillet, Truman donne l’ordre de bombarder Hiroshima « dès que le temps le permet ».

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Démarrage du séminaire sur les Révolutions militaires à l’EHESS

La proclamation, au lendemain de la chute du mur de Berlin, d’une « révolution dans les affaires militaires » (RMA) en cours ou à venir, fondée sur l’informatisation du champ de bataille, a relancé un débat jusqu’alors limité aux seuls historiens.

Controversée chez les historiens, la notion de « révolution militaire » présente plusieurs mérites : elle met en perspective les événements, les techniques et les évolutions stratégiques et militaires et les replace dans la « longue durée » historique. Elle permet aussi de (re)faire de la guerre et de la chose militaire un fait social global. À quelles conditions peut-on parler de révolution militaire ? À quoi les reconnaît-on ? En quoi la « révolution dans les affaires militaires » marque-t-elle une rupture ? Et par rapport à quoi ?

Sur le site de TAGIS

Sur le site de l’EHESS

Asymétrie et clash des civilisations militaires

Défis, menaces, conflits, ripostes, attaques, moyens, guerre asymétriques... La notion de « défi asymétrique » introduite en 1997 par la Quadrennial Defense Review (1)a suscité depuis un monceau de gloses, commentaires et de théorisations (2)…

La figure de l’asymétrie n’est pas nouvelle dans le vocabulaire militaire américain. On distingue depuis longtemps dans les académies les engagements symétriques, opposant des forces de même nature (aviation vs forces aviation, forces terrestres vs forces terrestres) et asymétriques, opposant des forces de nature différente (aviation vs forces terrestres, aviation vs marine)3. On retrouve l’asymétrie dans les textes fondateurs de la Révolution dans les affaires militaires (RMA) : celui qui maîtrise l’intégration des systèmes de renseignement-surveillance, de commandement-contrôle et de précision acquiert un avantage informationnel. Il voit sans être vu et agit sans être inquiété. Une objection couramment faite à la RMA était précisément celle de la vulnérabilité des systèmes avancés (le « talon d’Achille »).

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Le nouveau concept stratégique de l’OTAN porte la marque des désaccords euro-américains

Article publié dans Le Débat Stratégique Nº44 -Mai 1999

L’adoption du nouveau concept stratégique devait être la grande affaire du Sommet de l’OTAN, les 23-25 avril. Fin septembre 1998, l’OTAN adressait un projet de texte aux pays membres. Sa formulation fut jugée trop ambitieuse. Les ministres optèrent pour une voie moyenne : ni réécriture radicalement nouvelle du concept adopté en 1991, ni simple mise à jour (remplacement de l’URSS par la Russie…). Les diplomaties européennes ont été très actives tout au long de l’automne, mais la discussion semblait bloquée en l’absence de contribution américaine. L’administration américaine a finalement proposé, en novembre dernier, une version offensive et extensive du concept stratégique. Pour Madelaine Albright, l’OTAN doit devenir « une force de paix du Moyen Orient jusqu’à l’Afrique centrale ». Les Européens sont alors entrés dans une logique de freinage, s’efforçant d’atténuer la raideur des formulations américaines. Lire la suite

De la dissuasion à la prévention

Introduction de « Prévention et défense préventive. Débats américains » Maurice Ronai et Sami Makki CIRPES, Paris, mars 1999


La prévention tend à devenir la figure centrale, la forme dominante du langage stratégique, en Europe comme aux Etats-unis.

La prévention n’efface pas la forme stratégique dominante précédente : la dissuasion. Elle en prend le relais, comme la dissuasion, avait, en son temps, pris le relais de la forme « guerre ».

De la dissuasion à la prévention

La forme dissuasion reste pertinente et légitime dans son domaine d’élection : la dissuasion du nucléaire par le nucléaire. Avec l’effondrement de l’URSS et l’ampleur du désarmement organisé par les traités FNI et START, la dissuasion proprement nucléaire perd son caractère prioritaire.

En dehors du domaine nucléaire (en dehors de sa « niche militaro-strategique », pour reprendre une de ces métaphores managériales qu’affectionnent les auteurs américains), la dissuasion comme forme stratégique générale est de moins en moins opérante.

La dissuasion suppose un adversaire : elle s’exerce sur un décideur ou un centre de décision. Avec la prédominance de situations complexes, de conflits à trois camps, de menaces diffuses, difficilement attribuables ou assignables à un acteur central, la forme dissuasion perd une grande partie de sa pertinence.

Au nouvel état du monde, caractérisé par la prolifération de conflits locaux, interétatiques et surtout intraetatiques, correspond une nouvelle forme (ou langage) stratégique : la « prévention ».

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L’ambition préventive de l’administration Clinton

Extrait de « Prévention et défense préventive. Débats américains » Maurice Ronai et Sami Makki CIRPES, Paris, mars 1999


Pendant la campagne présidentielle de 1992, William Clinton avait esquissé une critique radicale de la politique du Président Bush : « Durant les quatre dernières années, nous avons vu les effets corrosifs d’une politique étrangère ancrée (rooted) dans le passé, déconnectée de nos valeurs propres, rétive au changement et incapable de relever les défis (du changement). Sous la Présidence Bush, on s’est contenté de gérer les crises plutôt que les prévenir. ».

Warren Christopher, lors de son audition devant le Sénat en septembre 1993, avant sa nomination, oppose lui aussi la gestion (réactive) et la démarche préventive. « Nous ne pouvons pas nous permettre de colmater, crise après crise… Nous devons avoir une diplomatie qui anticipe et prévienne des crises comme celles d’Irak, de Bosnie ou de Somalie plutôt que les gérer ».

Clinton et Christopher, à travers cette opposition gérer/prévenir les crises esquissent ce qui va devenir un thème central du vocabulaire stratégique américain : dans le monde d’après guerre froide, en l’absence d’ennemi majeur ou équivalent, le leadership s’exerce sur un mode « préventif » ou « ordonnateur » : être leader, c’est se mettre en situation d’influencer, de modeler (shape) les événements plutôt que de les subir, de prévenir les menaces plutôt que d’avoir à y réagir.

Ce thème de la prévention est étroitement imbriqué avec les deux autres axes de la stratégie clintonnienne : enlargement et multilatéralisme assertif.

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1993-1997 : De la « stratégie de prévention » au shaping

Extrait de « Prévention et défense préventive. Débats américains » Maurice Ronai et Sami Makki CIRPES, Paris, mars 1999


La Bottom Up Review était destinée à ajuster la structure des forces (et le budget de défense) à la nouvelle période.

On a retenu (avec juste raison) de la Bottom Up Review (BUR) qu’elle formula des options plutôt conservatrices pour la structure des forces, avec l’adoption du scénario des deux conflits régionaux majeurs simultanés.

On peut aussi voir la Bottom Up Review comme une tentative (inaccomplie) de réorienter l’appareil militaire vers la mise en œuvre de nouvelles missions. De manière moins nette que William Perry trois ans plus tard, la BUR valorise les missions « en temps de paix » (peace time engagement), la « défense par d’autres moyens » à côté des missions traditionnelles (deter and defeat).

Le texte de la BUR définit la stratégie de défense comme une « stratégie d’engagement, de prévention et de partenariat ».

Les trois termes (engagement, prévention, partenariat) sont étroitement articulés.

Ce qu’il s’agit de prévenir ici, à travers l’engagement et le partenariat (c’est à dire les anciennes alliances, qu’il convient de revitaliser, et les nouveaux arrangements institutionnels, qu’il convient de mettre en place), ce sont quatre dangers :

– Dangers liés à la prolifération des armes nucléaires et autres armes de destruction massive, ainsi qu’à l’existence de vastes stocks d’armes dans l’ex-Union Soviétique

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Asymétrie et clash des civilisations militaires

Défis, menaces, conflits, ripostes, attaques, moyens, guerre asymétriques. La notion de « défi asymétrique » introduite en 1997 par la Quadrennial Defense Review (QDR), a suscité depuis un monceau de gloses, commentaires et de théorisations1.

La figure de l’asymétrie n’est pas nouvelle dans le vocabulaire militaire américain. On distingue depuis longtemps les engagements symétriques, opposant des forces de même nature (aviation vs forces aviation, forces terrestres vs forces terrestres) et asymétriques, opposant des forces de nature différente (aviation vs forces terrestres, aviation vs marine). On retrouve l’asymétrie dans les textes fondateurs de la RMA : celui qui maîtrise l’intégration des systèmes de renseignement-surveillance, de commandement-contrôle et de précision acquiert un avantage informationnel. Il voit sans être vu et agit sans être inquiété. Une objection faite à la RMA était précisément celle de la vulnérabilité des systèmes avancés.

La QDR, en 1997, redéfinit ainsi la catégorie d’asymétrie : « La domination américaine dans le domaine militaire conventionnel peut encourager les adversaires à utiliser des moyens asymétriques pour attaquer nos forces et nos intérêts à l’étranger et sur le sol national. Ils pourraient chercher l’avantage en utilisant des approches non conventionnelles pour déjouer ou saper nos points forts en exploitant nos vulnérabilités. La QDR envisage l’emploi par un adversaire de moyens asymétriques pour atteindre quatre types d’objectifs stratégiques : « retarder ou denier l’accès à des infrastructures essentielles ; perturber les réseaux de communication et de commandement ; dissuader les alliés et les partenaires potentiels d’une coalition de soutenir l’intervention des Etats-Unis ; infliger des pertes humaines plus importantes que prévues pour affaiblir notre détermination. »

Le National Defense Panel (qui avait été mis en place par le Congrès pour évaluer les analyses et les propositions de l’Exécutif) place les défis asymétriques au centre de sa description du « nouvel environnement opérationnel ». « Nos ennemis présents et futurs ont tiré les leçons de la Guerre du Golfe. Ils ne vont pas se confronter avec nous conventionnellement [�]. Ils aligneront leurs points forts face à nos points faibles. Leurs forces ne seront pas le miroir des nôtres ». Le NDP « durcit » le diagnostic. L’asymétrie n’est pas seulement une dimension possible de la guerre conventionnelle : c’est un trait structurel des guerres à venir.

Le NDP mobilise la notion de défi asymétrique pour critiquer les principales options de la QDR . En soulignant que les futurs adversaires auront tiré les enseignements de la Guerre du Golfe, le NDP met en doute l’hypothèse des deux « guerres majeures de théâtre » de type Irak-Corée qui fonde la structure des forces. Le NDP met aussi en doute les options de la QDR en matière de présence permanente des forces et des installations outre mer (« Nos compétiteurs potentiels pourraient  utiliser les armes de destruction massive et les missiles pour neutraliser les ports, bases et ressources prépositionnées, viser les installations fixes »). Et plaide pour de nouvelles approches en matière de projection de force : « Nous devons être capables de projeter nos forces plus vite dans des zones ou nous n’avons pas de forces stationnées. Les forces déployées à l’avant devront opérer de manière dispersée.

Le rapport annuel de l’INSS en 1998 propose une définition assez large de l’asymétrie, au-delà de la seule dialectique supériorité vs vulnérabilité : « Les menaces asymétriques sont une version du combat déloyal, qui peut inclure la surprise, dans toutes ses dimensions opérationnelle et stratégique, et l’emploi d’armes de manière non planifiée. »

L’INSS distingue quatre options pour ceux envisagent de défier les forces américaines :

  • acquisition d’armes de destruction massive et de missiles balistiques à longue portée.
  • acquisition de systèmes de haute technologie (compétiteur de niche).
  • l’exploitation des armes cybernétiques pour paralyser les systèmes logistiques militaires ou pour s’en prendre aux infrastructures nationales d’information.
  • le choix de combattre dans des environnements (comme les grandes villes ou la jungle) qui dégradent les capacités américaines à détecter et atteindre des cibles militaires.

Il explore l’emploi que pourraient faire des approches asymétriques les quatre grandes familles d’adversaires : grands états en transition6, « Etats bandits », « Etats faillis » , criminels transnationaux. Dans tous les cas, l’usage de moyens asymétriques aurait pour effet « d’élever le coût d’entrée » pour les interventions américaines.

La dernière conférence de l’Army War College, en juin 1998, était entièrement consacrée à l’examen de cette question2 : l’Amérique peut-elle être vaincue ?

Premier diagnostic : Personne n’ affrontera les Etats Unis de front (force to force). Le recours aux moyens asymétriques n’est pas une hypothèse de travail, mais une certitude.

Second diagnostic : ce que la plupart des asymétristes prévoient, redoutent ou font mine de redouter, c’est la « paralysie stratégique ». En élevant le coût de l’intervention, les stratégies et tactiques asymétriques pourraient « dissuader » le leader d’exercer localement (voire globalement) son leadership.

La littérature asymétriste met en doute l’orthodoxie de la supériorité (logistique et matérielle, à tendance autiste, ou jominienne) pour penser (et restaurer) la dialectique logicielle (bilatérale, à tendance clausewitzienne) du conflit.

La technologie comme instance principale du risque et de l’avantage asymétriques est récusée par de nombreux auteurs, qui privilégient l’instance « culturelle » ou « psycho-politique » de l’asymétrie.

L’asymétrie est-elle une tendance au sein de la guerre classique ou constitue-t-elle la forme (ou la structure) des guerres à venir ?

En décrétant la caducité des guerres classiques, certains théoriciens de l’asymétrie proposent une nouvelle grammaire stratégique. Si la grammaire (orthodoxe) de la « supériorité » est compatible avec le projet clintonien de « mise en forme du monde » (« shaping »), celle qui se cherche autour de la « guerre asymétrique » (comme forme dominante ou nouvelle de la guerre) entre plutôt en résonance avec le paradigme huntingtonien du clash des civilisations. Ou plutôt sa déclinaison keegano-creveldienne : le clash (asymétrique) des civilisations militaires.

1. Tucker, J.B., 1997, « Asymmetric warfare: an emerging threat to US security », The Quadrennial Defense Review Commentaries, http://www.comw.org/qdr/tucker.htm. Pillsbury, M., 1997, Chinese views of future warfare: implications for the intelligence community http://www.herald.com/extra/archive/chinarep.htm. Troxell, J., 1997, Force planning in an era of uncertainty: TWO MRC as a force sizing framework, Strategic Studies Institute. Neal, Gen. Richard I., USMC, 1997, « Planning for tomorrow’s conflicts: a recipe for success », Naval War College Review, vol. L.

2. Challenging the United States Symmetrically and Asymmetrically: Can America Be Defeated? Army War College’s Ninth Annual Strategy Conference.

 

(article paru dans Le Débat Stratégique Nº41 — Novembre 1998)

Strategic defence review en Grande-Bretagne

Tony Blair a s’était engagé pendant la campagne électorale à réviser la structure des forces de défense. L’objectif affiché de la Strategic Défense Review n’est pas de réduire le budget de défense (ils ont decru, sous le Gouvernement Major de 30% depuis 1990), mais de redéfinir les priorités stratégiques. Tony Blair avait, d’emblée, annoncé que le budget militaire serait maintenu au même niveau pour les deux prochaines années. Le gouvernement comme l’état major admettent que l’empilement des missions (Irlande, Bosnie, bases en Allemagne ..) impose aux forces armées une surtension (overstretch).

La Strategic Defence Review s’est ouverte par une amorce de débat public : experts, universitaires, députés de l’opposition, organisations non gouvernementales furent conviés à débattre au cours de trois séminaires, de manière très ouverte, du contexte strategique, des hypothéses de planification des forces et de l’impact des technologies. Les débats tournerent principalement autour de deux questions :

- Avec 2,7% de son PIB consacrés à la défense, comment la Grande Bretagne peut elle maintenir le « rôle mondial » qu’elle s’assigne : justifier son siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies) tout en maintenant son rang dans l’Alliance (et sa place dans la structure de commandement de l’OTAN) ?

- L’expérience récente suggère que les forces britanniques sont et seront de plus en plus souvent engagées dans des conflits intra-étatiques, des opérations de paix et de « diplomatie préventive ». A quel niveau convient il de maintenir des capacités militaires pour des conflits de haute intensité (de plus en plus improbables, notamment en Europe) alors que l’état du monde impose de renforcer prioritairement les capacités pour les interventions dans des conflits de « basse intensité », plus probables et plus fréquentes ?

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