Manifeste technopolitique

• On ne peut plus gouverner, ni faire de la politique, sans prendre en compte les capacités nouvelles d’expression et de mobilisation qu’acquièrent les citoyens à travers Internet. Sans prendre la mesure des attentes des générations nouvelles, formées au partage du savoir.

• On ne peut plus penser l’économie sans reconnaître la place centrale qu’a prise l’informatique dans les processus productifs. Le destin de nos entreprises ne peut se résumer à la poursuite effrénée de l’optimisation des coûts : leur avenir réside dans l’exploration de nouvelles formes de coopération transversale, entre entreprises mais aussi entre producteurs et consommateurs, pour inventer de nouveaux services et de nouvelles activités. Lire la suite

Barack Obama, premier président de l’âge numérique

Le feuilleton du Blackberry de Barack Obama qui ne peut se résoudre à délaisser son Blackberry, une fois à la Maison Blanche, le 20 janvier prochain, afin de « rester au contact des gens » nous éclaire sur le rapport personnel que le nouveau président entretient avec l’ordinateur et de l’Internet. Lire la suite

Rick Davis et David Plouffe exposent les plans de bataille de McCain et Obama

Une des innovations technopolitiques les plus marquantes de la campagne présidentielle américaine  2008 est passée assez largement inaperçue. Peut être parce qu’elle provient du camp républicain.

1. C’est Rick Davis, le directeur de campagne de John McCain, qui a pris l’initiative d’exposer sur Internet le plan de bataille du sénateur de l’Arizona pour emporter les primaires. C’était en décembre dernier 2007, un mois avant le Caucus de l’Iowa.

« I am Rick Davis, McCain’s campaign manager. I want to give you a brief description of our Path to victory. Our strategy s based on an early primary win in one of the first two presidential contests that will carry us through victories in other early primary states ».

Défilent alors une série de camemberts et de courbes, de tableaux et de cartes, commentés par Rick Davis en voix off. Lire la suite

Libérer les données publiques…

Extrait du Rapport Rocard « République 2.0 : Vers une société de la connaissance ouverte »

Les administrations collectent et détiennent des données sur tous les aspects de la vie sociale, économique, culturelle et des territoires. Ces données constituent un bien public. Ce sont des ressources pour l’ensemble des secteurs économiques. Elles permettent de développer des activités et même des marchés, comme celui, par exemple, des données géolocalisées.

Le débat sur la valorisation de ce patrimoine est récurrent. Faut-il privilégier une rentabilisation monétaire, par la vente de ces informations (comme nous y invite le rapport récent sur l’économie de l’immatériel) ou valoriser ces gisements de données en permettant à tous (particuliers, associations, entreprises) d’en tirer parti, et de les exploiter, commercialement ou non ?

Le gouvernement Jospin, en 1997, a tranché partiellement ce débat en prescrivant la mise en ligne gratuite des « données publiques essentielles », donnant un coup d’arrêt à la commercialisation des données publiques. Il clarifiait ainsi des situations confuses, comme la concession à un diffuseur privé des banques de données juridiques. Depuis 1997, les administrations ont pris l’habitude de diffuser des volumes considérables de textes, de données statistiques et de rapports, réalisant au passage de considérables économies sur les budgets de publication imprimée.

Cette doctrine laissait cependant de côté les grands établissements publics qui gèrent de coûteuses infrastructures, comme l’Institut Géographique National (IGN) ou Météo France. La transposition de la directive sur la réutilisation des informations du secteur public  aggrave cette situation. Soumis à l’obligation de dégager des ressources propres, (parfois jusqu’à 50% de leur budget), ces établissements pratiquent des tarifs souvent élevés, vis à vis des utilisateurs comme des diffuseurs.

Cette logique conduit à des situations aberrantes. Ainsi, récemment, l’IGN (dont la compétence n’est pas ici en cause), soucieux de contrecarrer les services GoogleMaps et GoogleEarth de Google, a ouvert un portail (Géoportail) de cartographie numérique et d’images satellitaires de la France. Contraint de générer des ressources propres, il en a verrouillé les fonctionnalités et a déformé volontairement certaines images pour empêcher de copier les cartes, de les réutiliser ou de les rediffuser.

Ces pratiques tarifaires et malthusiennes brident le développement de nouveaux services par des tiers et l’émergence de nouveaux acteurs. Elles ouvrent un avantage concurrentiel aux projets étrangers (privés ou publics) tels que GoogleMaps. Elles brident aussi la recherche. Faute de disponibilité simple des données de l’INSEE et du Ministère de l’emploi, les chercheurs en économie français travaillent sur les données américaines (le Census Bureau diffuse tout sur Internet) et… en savent plus sur les mécanismes économiques américains que sur ce qui se passe en France !

L’expérience récente et l’observation de ce qui se passe à l’étranger plaident pour une approche “ouverte” des données publiques, qui laisse l’innovation s’exprimer à partir de ces données mises en accès libre.

Recommandation : Rendre les données publiques accessibles à tous :

  • Élaborer des licences définissant clairement les droits des utilisateurs, notamment sur la réutilisation des données publiques. Y compris à des fins commerciales.
  • Financer correctement le fonctionnement des Etablissements publics en charge d’infrastructures informationnelles  (comme l’IGN ou Météo France)
  • Permettre la libre réutilisation de la base de connaissances du portail Service-public.fr par tout service, public ou privé, pour diffuser une information cohérente et à jour.

Vers une démocratie ouverte

Accaparement du débat public par les experts et les groupes d’intérêt, abstentionnisme, dérives de la “démocratie d’opinion” (médias et sondages), attentes des citoyens en matière de participation : notre démocratie fonctionne mal.

Internet et les technologies de l’information constituent de puissants leviers pour revitaliser la démocratie, inventer de nouveaux mécanismes de débat public, améliorer la transparence des institutions. Pourquoi se focaliser, comment on le fait trop souvent, notamment à droite, sur le vote électronique ?  Lire la suite

Léon Blum et la propriété intellectuelle

« Notre inventeur viendra nous répliquer :  » Ma fortune est cependant bien à moi : je l’ai gagnée ; elle est le fruit de ma découverte, le produit de mon travail.  » Mais est-il vrai que sa découverte soit bien à lui ? Le même homme l’aurait-il menée à terme, vivant seul dans une île déserte, ou naissant dans quelque tribu sauvage de l’Océanie ? Ne suppose-t-elle pas, au contraire, tout l’actif préalable au travail humain ? N’est-elle pas pour le moins, le résultat d’une collaboration, d’une coïncidence entre son génie individuel et l’effort collectif de la civilisation ? La collectivité devrait donc, pour le moins, recueillir sa part du bénéfice. Pourquoi s’en trouve-t-elle frustrée, non seulement au profit de l’inventeur lui-même, mais de ses descendants jusqu’à la dernière génération ?… Et cet exemple ne vous fait-il pas toucher du doigt l’injustice foncière qui gît à la racine même des modes actuels de la propriété ?  » Léon Blum,  Pour être socialiste, 1919. 

Léon Blum rédige Pour être socialiste  en septembre 1919, quelques semaines avant la campagne électorale. C’est une défense et illustration de la doctrine jaurésienne… Dans un passage consacré à l’inventeur, Léon Blum retrouve l’intuition de Karl Marx, tant commentée, sur le « general intellect » : la socialisation de la production des connaissances….

Ce texte de 1919 est daté dans le lien qu’il établit entre progrès technique, concentration et chômage… Mais il préfigure certaines des critiques contemporaines de la propriété intellectuelle.

La circulaire A 130 …

Aux États Unis, l’information publique, sa diffusion, sa gestion, son contrôle, son ouverture font l’objet depuis 20 ans l’objet d’un débat permanent. Les différentes branches du pouvoir exécutif (Départements d’état, du Commerce, de la Défense, les agences fédérales), le Sénat, la Chambre des Représentants, les organisations professionnelles de la presse et des industries de l’information, la communauté scientifique, les professionnels des bibliothèques et de la documentation y prennent part. Lire la suite