Le Grenelle de trop

Chantal Jouanno, tête de liste UMP aux régionales à Paris,  veut des « solutions radicalement nouvelles ».  « Installer des pistes cyclables, des bouquinistes sur les quais au niveau de la Tour Eiffel ». Elle propose aussi, si elle est élue,  d’organiser  un « Grenelle de Paris« . Chantal Jouanno a, il est vrai,  une certaine expertise dans le domaine du « grenelle » pour avoir coordonné celui de l’environnement. Valérie Pécresse aurait trouvé l’idée creuse. Et ses co-listiers suggéré un Grenelle du Grand Paris. Lire la suite

La douche présidentielle à 245.572 euros aurait permis à la BNF de numériser 1 million de pages….

Les dépenses somptuaires du sommet de l’Union pour la Méditerranée (16,6 Meuros) ont attiré l’attention de la Cour des Comptes.

A elle seule, la douche spécialement installée pour le Chef de l’Etat (et qui semble n’avoir jamais servi) aurait coûté 245.572 euros : luxueuse et dernier cri, elle possédait une radio intégrée, un siège, des fonctions «jets» variées …

Pour le citoyen ordinaire, ces montants sont abstraits. On a donc pris l’habitude de convertir les millions d’euros en année-SMIC.

L’annonce récente d’un accord avec Google pour numériser les collections de la BNF suggère la conception d’un nouvel indicateur de référence : l’Equivalent Page numérisée BNF ou EPN-BNF.

Reste à  calculer la base de cet indicateur. Lire la suite

Un programme commun PS-SPD ?

Le SPD, ramené à 23% (son plus mauvais score depuis la guerre)  se remet difficilement de l’Agenda 2010 de Schröder et de la grande coalition avec la droite.

Depuis le départ de Gehrard Schröder, le SPD connaît  une crise de leadership, moins chaotique qu’au PS, mais tout aussi profonde. Il s’interroge aussi sur ses alliances : avec les  Verts (qui n’hésitent plus à gouverner localement avec la droite), et surtout avec  Die Linke.

Après plusieurs défaites électorales, le SPD et le PS traversent une même crise : crise de projet (avec l’épuisement du projet social-démocrate),  difficulté à prendre en compte la question écologique (le SPD a pris le tournant de l’écologie plus tôt que le PS, mais semble désormais en retrait, sous la pression d’une aile « industrialiste », proche des milieux d’affaires),  crise stratégique (question des alliances), désaffection d’une grande partie de leur base électorale. Crise de leadership, enfin. Lire la suite

Le député SPD Jörg Tauss visé par une enquête pour détention de pornographie infantile.

La police allemande a perquisitionné le 5 mars le bureau berlinois et le domicile près de Karlsruhe du député.
Le Bundestag (chambre basse du parlement) venait de lever son immunité.
Des pièces à caractère pornographique ont été saisies à cette occasion.
M. Tauss a renoncé à ses fonctions de secrétaire général du parti social-démocrate (SPD) du Bade-Wurtemberg , de membre de la direction et de porte-parole du groupe parlementaire SPD.
Il conserve son mandat de député mais vient d’annoncer qu’il renonçait à se représenter.

Jörg Tauss nie être un pédophile mais reconnaît avoir « déconné » sur son site internet.
Il dit avoir pris des contacts dans les milieux pédophiles et s’être fait envoyer du matériel pédopornographique pour se renseigner sur ces trafics, uniquement dans le cadre de son travail de député. « Je me suis introduit dans une porcherie puante pour la nettoyer – peut-être en infraction à la législation en vigueur », reconnaît-il. « Je vous assure que je ne suis pas un pédophile », ajoute-t-il. « Il s’agit d’une condamnation en avance par les médias et cela ne doit pas rester sans conséquences ».
Son sort semble tranché.

Pourquoi s’intéresser au cas de Jörg Tauss ?
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Un Grenelle du filtrage ?

Après le Grenelle de l’environnement, puis le Grenelle de l’insertion, sous les auspices de Martin Hirsch, on a vu proliférer les projets de Grenelle :   de « l’audiovisuel » (Christine Albanel),  du « pouvoir d’achat » (François Hollande), du « pouvoir d’achat, des salaires et des retraites » (Ségolène Royal),  de la « fiscalité locale » (maires, conseils généraux et conseils régionaux),  de la « culture » ( employeurs du spectacle vivant, public et privé).

Bref, « un problème, un Grenelle », comme je l’écrivais en novembre 2007.

Entre temps, Denis Olivennes, PDG de la Fnac, avait qualifié  la mission sur le téléchargement illégal que lui avait confiée Nicolas Sarkozy de « mini-Grenelle du piratage ».

Alexandre Menais, le directeur des affaires publiques et juridiques d’Ebay France, vient de proposer , dans la lettre vient de proposer un Grenelle du filtrage. Lire la suite

L’ANPE cherche des poux à ANPSEDIC

L’auteur d’ANPSEDIC vient de recevoir une mise en demeure de changer le nom de son logiciel car il serait trop « proche » de ANPE et ASSEDIC qui sont des marques déposées.

ANPSEDIC est un logiciel qui sert à gérer les candidatures envoyées en réponse à des offres d’emploi. Un logiciel gratuit. Et efficace, à en croire les revues de produits disponibles en ligne.

L’ANPE connait bien ce logiciel : elle l’avait présenté dans le bulletin interne qu’elle adresse à ses conseillers. Bon nombre d’entre eux recommandaient ce logiciel aux chercheurs d’emploi. Le listing des candidatures et des lettres de motivation extrait d’ANPSEDIC suffisait bien souvent à justifier d’une recherche d’emploi active.

Revirement

Pourquoi ce revirement de la part de l’ANPE ?

Au moment où la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC (c’est à dire les Assedic) entre dans une phase active, les juristes à l’ANPE se sont émus d’un « risque de confusion dans l’esprit du public. »

Confusion ? Peut être. Encore que …. Le site ANPSEDIC mentionne explicitement que « le logiciel n’a aucun rapport ou affiliation avec l’ANPE et l’ASSEDIC ».

Préjudice ? Cela reste à voir. Ce logiciel est diablement utile aux demandeurs d’emploi. Il prolonge, en un sens, la mission de service public de l’ANPE. Il est toujours choquant de voir de puissantes institutions publiques s’en prendre à des individus ou des collectifs qui, de maniére désintéressée, conribuent au lien social et prennent en charge une parcelle d’interet général.

Dans le même ordre d’idée, j’avais jugé « inesthétique » la plainte de la Ville de Paris, en janvier 2006 contre l’association Paris Sans Fil sous prétexte qu’elle portait atteinte aux droits de la ville de Paris sur son nom. Assigner en justice association à but non lucratif qui souhaite aider les parisiens à accéder plus facilement et gratuitement à Internet ? C’était franchement inesthetique.

Laurent Guerby commente ici les aspects juridiques de la mise en demeure adressée par l’ANPE à ANPSEDIC.

Il était temps de s’en préoccuper.

Revenons à l’ANPE et à l’UNEDIC et à leur fusion. Celle-ci devrait être effective début 2009. Son principe a été adopté par le Parlement en décembre 2007, à l’issue d’une procédure d’urgence.

Christine Lagarde, ministre de l’Economie et le l’Emploi a lancé, le 25 mars dernier, une mission de réflexion sur sur l’offre de services du futur opérateur de service public de l’emploi, issu de la fusion de l’ANPE et de l’Unedic : types de services, implantation géographique, politique de recours au privé, systèmes d’information.

Quels services ? Quelle organisation ? Quels outils ? Il était effectivement temps de s’en préoccuper.

Avec 40 000 agents, 1 700 points d’implantation, des millions de clients, la refonte du système d’information constitue pourtant une condition-clé pour la réussite de cette fusion.

L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) consacrait d’ailleurs un chapitre entier du rapport sur la fusion ANPE-UNEDIC à l’informatique de la future entité : organisation et gouvenance du système d’information, organisation des relations avec les métiers, organisation de la fonction assistance aux utilisateurs, patrimoine applicatif et référentiel, linfrastructures et projets en cours .

558 millions d’euros

Les budgets informatiques cumulés de l’ANPE et de l’Unedic représentaient tout de même plus de 558 millions d’euros en 2007. Les infrastructures des deux entités sont pour l’instant distinctes (Bull GCOS8 et IBM MVS), mais les deux réseaux doivent être connectés dès ce mois et un plan de convergence est actuellement en cours avec pour horizon 2012. L’évolution du système d’information entraine par ailleurs dix sous-projets.

La Cour des Comptes avait critiqué dans son rapport l’abandon par l’ANPE de son projet Géode (plus de 100 millions d’euros dépensés en pure perte). Du fait justement de sa future fusion avec l’Unedic.

Rappelons que la fusion ANPE-UNEDIC est à l’ordre du jour depuis 1987. A défaut de fusion, on s’etait replié sur un rapprochement. Celui-ci avait tourné court, notamment en raison de la quasi-impossibilité de faire communiquer leurs systèmes d’informations.

Bref. Avec un bilan informatique aussi déplorable, l’ANPE est-elle vraiment légitime à chercher des poux au désintéressé et efficace développeur de ANPSEDIC ?


Rapport du groupe de travail DGEFP/Unedic/ANPE/CGEFIrelatif àla préparation de la fusion de l’ANPE et du réseau de l’Assurance chômage

Aladin versus Geode ou la politique de l’emploi prise en otage

Grâce à Nicolas Sarkozy, Dailymotion devient la première plateforme française de partage de vidéo

Dailymotion devient la première plateforme française de partage de vidéo.

10,22 millions de visites pour le mois de février, c’est un record pour Dailymotion. Cela lui permet d’entrer pour la première fois depuis sa création dans le top 10 des sites les plus visités en France, établi par Médiamétrie.

C’est aussi la première fois qu’un portail français entre dans la tête du classement.

Grâce à cette hausse de la fréquentation, Dailymotion devient la première plateforme de partage vidéo en France. A la 8ème place du classement, devançant YouTube, à la 12ème place. Une montée fulgurante puisque la plateforme était il y a cinq mois de cela à la 58ème position.

Nicolas Sarkozy n’est pas étranger aux excellents résultats de la plateforme. Le « casse-toi, pauvre con », le dialogue avec les pêcheurs du Guilvinec, les vidéos qu’il inspire, comme celle d’Anne Roumanoff (2,7 millions de vues) engendrent réguliérement ds pics d’audience.

Pour le trimestre prochain, l’entrée au gouvernement de Nadine Morano est interprétée par les analystes comme une bonne nouvelle. « Les vidéos de la secrétaire d’Etat chargée de la famille, trés populaires, constituent un relais de croissance pour DailyMotion ».

Mise à jour  (11 octobre 2010) : En trois jours, la  vidéo du lapsus de Rachida Dati  a été vue 2,5 millions de fois sur les seuls sites diffusant le document hébergé par Dailymotion. Ce dernier a vendu pour plus de 20.000 euros net de publicité sur la vidéo (sans compter les revenus générés par le trafic). »

Et le Sénat ?

Une grande partie des débats hier soir portait sur la signification nationale de cette série d’élections locales.

Il y a au moins un domaine dans lequel les municipales et cantonales ont un impact national, c’est la composition du Sénat.

Les socialistes présents sur les plateaux n’ont pas saisi l’occasion de pointer l’aberration du mode de désignation des sénateurs. C’est dommage.

Bien que la gauche détienne desormais 22 des 24 regions (92%), peut être 60 des 100 departements (hors DOM-TOM), 183 des 307 villes de plus de 30 000 habitants (60%), elle n’est pas assurée de conquerir une majorité au Sénat en septembre 2008, ni même en 2011.

Malgré la réforme de la composition du Sénat adoptée en 2003, les élus ruraux continuent de peser d’un poids décisif dans l’election des sénateurs : les 142 000 délégués des conseils municipaux representent 95 % de l’ensemble des grands électeurs du Sénat.

Le PS a inscrit la réforme du Sénat dans son programme depuis longtemps. Le Projet socialiste propose que le Sénat entre « dans l’ère de l’alternance par l’extension du mode de scrutin proportionnel départemental à partir de 3 sièges et la modification du collège sénatorial ».

André Vallini propose ainsi de déterminer le nombre de délégués sénatoriaux sur la base de 1 pour 100 habitants et prévoir leur désignation à la proportionnelle du conseil municipal, pour mieux représenter le poids des populations.

Parmi les options, faire du Sénat un « Bundesrat à la française », avec moitié de membres de droit (présidents de régions, de conseils généraux, de collectivités d’outre-mer et maires des villes de plus de 100 000 habitants) et pour moitié (entre 120 et 180) élus par les seuls maires dans un cadre régional.

Il est vrai que les questions institutionnelles passionnent modérement les citoyens.

La soirée d’hier était peut-être l’occasion de faire un peu de pédagogie sur l’archaîsme que constitue le Sénat dans sa forme actuelle. L’occasion aussi de rappeler que le Sénat joue un rôle essentiel : pas seulement en tant que « Haute Assemblée » face à l’Assemblée, mais aussi par le pouvoir qu’a son Président de désigner desmembres dans ces deux piliers de la vie démocratique que sont la CSA et le Conseil Constitutionnel.

Storytelling ou quand on a un marteau, tout ressemble à un clou

Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprit Christian Salmon Éditeur : La Découverte


Depuis qu’elle existe, l’humanité a su cultiver l’art de raconter des histoires, un art partout au cœur du lien social. Mais depuis les années 1990, aux États-Unis puis en Europe, il a été investi par les logiques de la communication et du capitalisme triomphant, sous l’appellation anodine de « storytelling » : celui-ci est devenu une arme aux mains des « gourous » du marketing, du management et de la communication politique, pour mieux formater les esprits des consommateurs et des citoyens. Derrière les campagnes publicitaires, mais aussi dans l’ombre des campagnes électorales victorieuses, de Bush à Sarkozy, se cachent les techniciens sophistiqués du « storytelling management » ou du « digital storytelling ».

L’ouvrage de Christian Salmon donne incontestablement à réfléchir. Storytelling rassemble un corpus considérable d’exemples et d’observations sur les techniques narratives à l’œuvre dans les domaines de la publicité, du marketing, des marques, de la gestion des ressources humaines et de la communication politique.

L’auteur situe l’essor du storytelling au début des années 90. L’apparition du « storytelling management » et son adoption par les grandes marques coïncideraient avec un « storytelling revival » : des dizaines de milliers de personnes rejoignent chaque année le National Storytelling Network ou participent a l’un des deux cent festivals de « storytelling » organisés aux États-Unis. À la suite d’un certain nombre d’auteurs américains, il associe l’essor du « storytelling » au « narrative turn » à l’œuvre dans les sciences sociales. C’est à travers Internet que ce « storytelling revival » se serait répandu dans la société americaine, puis au-delà.

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