Par Godefroy Beauvallet et Maurice Ronai
Article publié dans le numéro de le N° 21 de la revue Enjeux numériques-Annales des Mines: Données et modèles : Technopolitique de la crise sanitaire
À l’hôpital, il semble que tout le monde déteste Excel, et ce qu’il représente ou symbolise[1] : Excel y cristallise la mise au pas des soignants par les gestionnaires, les indicateurs désincarnés plutôt que la compréhension des situations concrètes, et les objectifs contraignant les décisions prises « au pied du lit du malade » par l’équipe soignante. Métonymie du « management par les nombres » induisant le « travail empêché »[2], Excel est vu comme un « fardeau administratif », source de démotivation et de mauvaise qualité des soins. Il en vient à générer chez les soignants une allergie-réflexe conduisant à condamner a priori toute activité qui se déroule via son interface, quand bien même il s’agirait sur le fond d’une tâche légitime et nécessaire à la prise en charge des patients[3].
Et pourtant, de nombreux témoignages de terrain et narrations d’observateurs signalent que ce même outil a été mobilisé au premier chef dans la gestion de la crise Covid, où il se révélait utilisable là où aucun système d’information structuré ne permettait plus de gérer la complexité des situations et la variété des sujets.
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