Un personnage baroque, éruptif, imprévisible, tout droit issu d’un programme de téléréalité, une élection improbable, une Maison-Blanche qui fonctionne de manière chaotique, des initiatives désordonnées… La Présidence Trump rattrape et dépasse les séries politiques les plus inventives, les plus satiriques, les plus déjantées. Et porte à incandescence les télescopages entre vie politique réelle et fictions présidentielles.
L’arrivée d’un businessman ex star de télé-réalité, dont le conseiller principal Steve Bannon est un suprémaciste et nationaliste, est un scénario beaucoup plus effrayant que la prise de pouvoir d’Underwood. Les scénaristes n’aurait pas osé l’imaginer. La réalité à dépassé la fiction.”
Au lendemain de l’élection, quand la réalité semble rattraper leurs fictions, et même les dépasser, studios et scénaristes se voient contraints de modifier, à la hâte, les scripts pour mieux coller au nouveau cycle politique ou, au contraire, pour s’en distinguer.
Producteurs et scénaristes de séries s’interrogent sur les conséquences de cette élection sur les films et séries en cours ou en projet.
Tous admettent leur perplexité face à une présidence trumpienne, plus baroque, plus dramatique, plus absurde que les récits qu’ils mettent en récit.
- Shonda Rhimes (Scandal) : « Dans un monde où toutes les choses qu’on écrit pour Scandal se passent dans la vie réelle, il est très difficile d’écrire Scandal comme nous en avions l’habitude… Toutes les histoires que nous avions planifiées maintenant ont l’impression de copier ce qui se passe en réalité, ce qui est fou ».
- David Mande (Veep) : « Ma plus grande préoccupation après les élections était la suivante : les gens voudraient-ils regarder une émission sur Washington DC ? Est-ce encore divertissant ? Donald Trump n’est pas la raison pour laquelle nous arrêtons la série mais ça y a contribué… C’était devenu difficile. Ce qui faisait le charme de la série, les erreurs, les faux-pas, les lapsus, le personnel incompétent, c’est toutes les heures maintenant dans la réalité » (l)
- Timothy Simons (Veep) : « Les fautes qui auparavant auraient coulé une carrière politique, ne comptent plus aujourd’hui…La série est drôle, mais le monde dans lequel nous vivons actuellement n’a plus rien de drôle ».
- Alex Gansa (Homeland): « Juste après l’élection de Trump, nous avons tous été inquiets pendant un moment pensant que nous allions être hors de propos ».
Les auteurs de House of Cards, en revanche, se font fort d’avoir pressenti le phénomène Trump : « Les similitudes entre Trump et Underwood sont le fruit de quelque chose qui se passe depuis quelques années. D’une certaine façon, Underwood jouait la carte du nationalisme et du populisme depuis plusieurs saisons. Il y avait des trucs dans l’air qu’on a exploités » (Pugliese).
Face à la concurrence trumpienne, les séries Veep, Graves ou Scandal sont interrompues par les diffuseurs.
Alors qu’il est question, depuis 2016, d’un reboot de The West Wing, Sorkin, son créateur rejette l’idée d’un remake basé sur Trump : « Je ne le trouve pas intéressant. Il est exactement ce à quoi il ressemble. Il n’a aucune nuance. Il ne parle que de deux choses : lui-même et ses ennemis. Et c’est tout. C’est un personnage auquel il est impossible de croire. Il n’a aucune des qualités nécessaires pour raconter une histoire »