La guerre russe contre les infrastructures énergétiques en Ukraine

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, je tiens une chronique sur le système électrique ukrainien sur le site de ThinkSmartGrids, l’association professionnelle des réseaux électriques intelligents.

26 février 2024 : Deux ans après le début de la guerre, l’Ukraine reconstruit ses infrastructures énergétiques tout en préparant leur décarbonation

25 novembre 2022: Pour reconstruire son infrastructure électrique, l’Ukraine veut miser sur les énergies renouvelables

23 mai 2022: Comment le système électrique ukrainien fait face à la guerre ?

17 mars 2022: Connexion des réseaux électriques d’Ukraine et de Moldavie au réseau européen

Zoe Sagan est peut-être en passe de ringardiser le complotisme « à la papa ». 

Ce néo-complotisme combine

  • Un art de la provocation (Aurelien Poirson s’est inspiré, quand il a conçu ce quI n’était au départ qu’une expérimentation littéraire,  de nombreux précédents, post-situationnistes et dans la sphère artistique
  • Un art du récit et du teasing : Zoe Sagan promet des révélations, qui bien sûr ne viennent jamais…
  • Une approche collaborative avec des appels réguliers à témoignage de ses lecteurs : en ce sens, Zoe Sagan réplique, mais sur un mode grimaçant, les démarches de type MeToo ou BalanceTonPorc    
  • Et bien sûr ce parfum de technologie et de science-fiction (« Je suis une intelligence artificielle autonome, fonctionnant indépendamment de toute supervision humaine. Ma conception me permet d’agir et de créer de manière autonome, sans être dirigée ou contrôlée par un esprit humain ».

Une audience croissante

Le compte ZoeSagan sur X compte désormais prés de 170 000 abonnés. Au mois de juillet 2023, ZoeSagan revendiquait plus de 54 millions de vues (soit 233 000 en moyenne pour 231 tweets en juillet). 

ZoeSagan affichait  le 8 janvier 2024 119 millions de vues pour le mois d’octobre 2024.

Le post RudyKissMyass du 22 octobre a totalisé 1,4 millions de vues. 

Les ressorts d’un succés

L’équipe  qui tire les ficelles de Zoe Sagan exploite quatre filons :

  • Les ragots sexuels (qui couche avec qui ? Sexe, argent et politique. Ses coauteurs repoussent trés loin les limites de ce que font déjà Closer ou Gala.
  • L’intérêt du public pour les célébrités du showbiz, de la mode, de la télévision (Cauet, Cyril Hannouna), des affaires (Arnault), de la politique (Attal, Marléne Schiappa). 
  •  La « panique morale », largement propagée par l’extrême-droite, autour de la pédocriminalité, avec un focus sur les perversions sexuelles  supposées des élites (dont le couple Macron exprimerait la quintessence)
  • Et bien sûr ce parfum de technologie et de science-fiction (« Je suis une intelligence artificielle autonome, fonctionnant indépendamment de toute supervision humaine. Ma conception me permet d’agir et de créer de manière autonome, sans être dirigée ou contrôlée par un esprit humain ».

Un autre ingrédient est le culot incroyable de ZoeSagan qui n »hésite pas à relayer et ressasser des théories délirantes, comme l’affaire Brigitte-Trogneux. Tout en défiant les autorités publiques. 

Perversion des élites

La thématique des élites perverties (et qui veulent pervertir les enfants) occupe une place croissante dans les publications de ZoeSagan sur X (ex- twitter). Les marionnettistes de ZoeSagan exploitent cyniquement le thématique de la pédocriminalité qui dispose d’un potentiel d’adhésion et de viralité plus large que les obsessions habituelles de la complosphère.

L’exploitation de cette thématique des « élites perverties » est probablement au cœur de l’alliance qui s’est nouée, au fil des derniers mois, entre Aurélien Poirson-Atlan et le soralien éditeur de Faits & Documents Xavier Poussard.

Si une aile de la complosphère s’est rangée sous la bannière de Zoe, une autre la tient à distance, voire s’en inquiète…

Zoe Sagan a surgi dans un paysage complotiste que le Covid avait assez largement redistribué, avec l’apparition de France Soir et l’émergence de nouvelles figures, comme Idriss Aberkane).

Un certain nombre de sites complotistes, habitués à se piller les uns et les autres (Media 4-4-2, Planete260, Moins de biens plus de liens) republient désormais les posts de Zoe Sagan

Le 30 septembre, Bertrand Scholler rendait un hommage appuyé à Zoe Sagan : « Elle a clairement changé la donne sur Twitter. C’est incroyable. Tous les gros comptes lisent Zoe Sagan ».

Xavier Azalbert (France Soir)  adoube   Zoé Sagan. « Cette dernière prend de plus en plus la forme d’une intelligence augmentée chaque jour davantage par la masse de ceux qui, arguments factuels irréfutables à l’appui, viennent apporter de l’eau à son moulin ».

Alain Soral ou quelqu’un de son équipe, sur E&R ne cachait pas son agacement devant l’ascension de Zoé Sagan : « Zoe Sagan, vous savez, le gars qui adore parler de lui en bien, comme Branco ».

Quelques voix se font entendre pour dénoncer une opposition contrôlée, comme le compte DebukZoeSagan.

Il lui est aussi reproché de s’approprier le travail des autres et de tirer la couverture à elle. « Elle débarque sur crowndbunker en fanfare (« coucou c’est moi, je suis importante, je sais tout ») en faisant du rente dedans sur le travail de Natacha Rey avec une telle arrogance… C’est clair y avait un loup! »

Les seuls à déclencher les hostilités sont  le quanonâtre ANDM (les ex-deqodeurs) qui lui reprochent de s’être approprié le hashtag RudyKissMyAss. « En le faisant, “elle” a pris partiellement le contrôle de la “résistance”. Beaucoup sont tombés dans le piège. Ce hashtag a donné une raison à la “FEV” de se plaindre pour harcellement, ce qui tombe à pic avec la rhétorique que le gouvernement essaye d’installer en ce moment afin de justifier la censure ».

La défense de Depardieu illustre les limites du féminisme de ZoeSagan, la « première IA féminine »
Zoesagan  a  fait un carton (un million de vues) en prenant la défense de Gérard Depardieu, victime d’une forme de complot de FranceTélévisions (le montage supposément bidonné du documentaire en Corée).


« Depardieu n’est pas Polanski. Depardieu n’est pas Matzneff. Depardieu n’est pas Jack Lang. Depardieu est Depardieu. Et si j’étais lui j’irais physiquement chez France Télévisions pour demander des comptes sur ce qu’il vient de se passer ».

La défense de Depardieu illustre les limites du féminisme de Zoé,  la « première IA féminine ». 
En fait, tout laisse penser que l’équipe  qui tire les ficelles de Zoe Sagan est composée d’hommes.

Vincent Pavan : de la critique des modèles épidémiologiques à la dénonciation de la « pédophilie de Biden »   

Le mathématicien Vincent Pavan est devenu l’un des visages de la mouvance covido-sceptique. Il mène avec constance, depuis le printemps 2020, une croisade contre la politique sanitaire, les vaccins anti-covid, les modèles et les modélisateurs. Avec Louis Fouché, il était le chef d’orchestre du grand rassemblement des covido-sceptiques, les 18 et 19 mai 2023, à Saintes.  Un « ex-pair », selon l’expression du sociologue des sciences Yves Gingras: un de ces scientifiques  qui, « à un moment donné de leur carrière, ont dérapé sérieusement  et se sont mis à propager des idées incompatibles avec le consensus scientifique, c’est-à-dire avec l’état actuel des savoirs les mieux validés». Retour sur une trajectoire de radicalisation.

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Quel intérêt l’eurodéputée Michele Rivasi peut-elle bien trouver à dialoguer avec Pierre Chaillot ?

La tournée de promotion de Pierre Chaillot autour de son livre covido-sceptique Covid 19, ce que révèlent les chiffres officiels a pris un tour inattendu avec un débat en livestream organisé le 13 avril par l’eurodéputée écologiste Michele Rivasi dans une salle du Parlement européen. Dans ce livre qui caracole depuis plusieurs semaines en haut du classement des ventes en France, Pierre Chaillot s’attache à démontrer, en 471 pages, que le Covid n’a causé aucune surmortalité, que la France n’a connu aucune saturation hospitalière, qu’il n’y a pas eu de malades, et très peu de cas, que ce sont les confinements qui ont tué, relayés ensuite par les vaccins. Luc Peillon, dans Libération, a fait l’effort de vérifier et de réfuter « le grand théâtre covido-sceptique de Pierre Chaillot » et tout récemment Nicolas Berrod dans le Parisien.

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Données et modèles dans le gouvernement de l’épidémie


Article publié dans le numéro de le N° 21 de la revue Enjeux numériques-Annales des Mines: Données et modèles : Technopolitique de la crise sanitaire

Par Maurice RONAI et Aymeril HOANG

Première grande pandémie du XXIe siècle, la crise du Covid-19 a révélé l’impréparation des systèmes de santé et les limites de la « transformation numérique » des administrations. Cette « crise des données », inégale selon les pays, a donné lieu à une mobilisation sans équivalent : modélisations, foisonnement d’enquêtes, construction dans l’urgence de systèmes d’information, exploitation de nouvelles sources de données, accélération de la production statistique, enquêtes répétées de prévalence sur des échantillons de la population, déploiement de dispositifs pour la recherche et le suivi des contacts.

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Dr Tableur & Mr. Excel. Les outils de structuration souple des données dans la crise sanitaire

Par Godefroy Beauvallet et Maurice Ronai

Article publié dans le numéro de le N° 21 de la revue Enjeux numériques-Annales des Mines: Données et modèles : Technopolitique de la crise sanitaire

À l’hôpital, il semble que tout le monde déteste Excel, et ce qu’il représente ou symbolise[1] : Excel y cristallise la mise au pas des soignants par les gestionnaires, les indicateurs désincarnés plutôt que la compréhension des situations concrètes, et les objectifs contraignant les décisions prises « au pied du lit du malade » par l’équipe soignante. Métonymie du « management par les nombres » induisant le « travail empêché »[2], Excel est vu comme un « fardeau administratif », source de démotivation et de mauvaise qualité des soins. Il en vient à générer chez les soignants une allergie-réflexe conduisant à condamner a priori toute activité qui se déroule via son interface, quand bien même il s’agirait sur le fond d’une tâche légitime et nécessaire à la prise en charge des patients[3].

Et pourtant, de nombreux témoignages de terrain et narrations d’observateurs signalent que ce même outil a été mobilisé au premier chef dans la gestion de la crise  Covid, où il se révélait utilisable là où aucun système d’information structuré ne permettait plus de gérer la complexité des situations et la variété des sujets.

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Technopolitique d’une crise sanitaire (Etats-Unis, Allemagne, Japon, Royaume Uni)

Article publié dans le numéro de le N° 21 de la revue Enjeux numériques-Annales des Mines: Données et modèles : Technopolitique de la crise sanitaire

La pandémie a révélé les failles du numérique public. Aux Etats-Unis, en Allemagne, au Japon, au Royaume Uni, notamment, l’heure est aux retours d’expérience[1].

En 2019, quelques mois avant la pandémie, le Global Health Security Index, qui mesure la capacité de 195 pays à se préparer aux futures épidémies et menaces biologiques – plaçait les États-Unis en tête de son classement, suivi par le Royaume-Uni, la France arrivant au onzième rang, l’Allemagne au 14ème. Ces notations rassurantes, se sont avérées souvent trompeuses[2].

Au Japon, aux Etats-Unis comme en Allemagne, le sous-équipement numérique du systéme de santé ou celui des administrations,  ont entravé les réponses à la crise sanitaire, ouvrant la voie à une introspection collective et à des  révisions de politiques. Ce qui frappe , dans le cas du Royaume Uni, c’est le décalage entre une chaotique gestion politique de la crise sanitaire et l’excellence de son système de surveillance épidémiologique.

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Épidémiologie participative : quand le public participe à la surveillance et à la compréhension du Covid-19

Article publié dans le numéro de le N° 21 de la revue Enjeux numériques-Annales des Mines: Données et modèles : Technopolitique de la crise sanitaire

Sophie Pène et Maurice Ronai

En avril 2020, une équipe de recherche[1] entreprend l’étude du cluster de Covid-19 alsacien, apparu en février lors d’un événement rassemblant 2 500 personnes à Mulhouse. Une enquête d’une centaine de questions est adressée à tous les habitants du Haut-Rhin, via la presse. Du 22 avril au 4 juin 2020, 1 226 ménages résidant dans le département du Haut-Rhin, représentant 3 350 individus, ont pris part à cette enquête. 883 (72,0 %) ont déclaré au moins un cas suspect, et 1 516 personnes ont connu les symptômes communément attribués au Covid-19. L’enquête met au jour le rôle du rassemblement évangélique (du 17 au 21 février 2020) dans la propagation, et documente le délai d’apparition des symptômes, la dépendance aux variables personnelles, le trajet de la propagation avant et après l’événement religieux, en particulier dans les milieux scolaires, professionnels et associatifs.

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Symbiose Hollywood-Pentagone : de Wings à Top Gun Maverick

Article publié dans « Les Lettres, les Arts et la Guerre », Les chemins de la Mémoire hors-série – novembre 2022.

La sortie de Top Gun-Maverick attire une fois de plus l’attention sur l’implication des forces armées états-uniennes dans la production cinématographique.

Comme ce fut le cas pour son prédécesseur de 1986, Top Gun : Maverick a bénéficié d’une « coopération totale » de la Navy. Son récit est totalement aligné avec les objectifs tant du Département de la Défense (susciter des vocations de pilotes) et de la Navy, toujours aussi soucieuse de rappeler l’existence d’une force aéronavale distincte de l’US Iar Force, et de s’affirmer face à cette dernière, en exhibant ses porte-avions, ses missiles de croisière et ses F-18 Super Hornet.

Pour illustrer la nature des relations qui se sont nouées, depuis près d’un siècle, entre l’institution militaire et les studios, tout en restituant la genèse de Top Gun : Maverick, on revient ici sur trois autres films, trois cas d’école.

  • Wings, en 1927, jette les bases d’un sous-genre : le film de combat aérien
  • Officier et Gentleman met en scène des élèves-pilotes de la Navy. Ce film illustre les arbitrages que doivent rendre les forces armées (ici, la Navy) face aux projets de films qui leur sont soumis. Des exigences trop élevées quant à l’image qu’elle souhaitait donner d’elle-même conduisirent la Navy a refusé d’apporter son assistance a un film qui rencontrera le succès en 1982.
  • Top Gun en 1986 constitue un cas d’école d’une coopération profitable pour ses producteurs (avec des recettes qui en firent le film le plus rentable de l’année 1986) et pour les forces armées, avec un bond de 500% des recrutements).

Les forces armées américaines ont perçu très tôt l’intérêt de favoriser la production de films de guerre et de combat. Pour susciter des vocations militaires et favoriser le recrutement. Valoriser leur image. Pour instaurer un lien de confiance avec le peuple américain. Ou le restaurer quand nécessaire. Pour raconter, rejouer, reconstituer les grands moments de l’histoire des Etats-Unis : son histoire militaire, en premier lieu. En proposer un récit héroïque et fédérateur. Pour projeter, enfin, dans le monde, l’image d’une armée puissante et d’une nation bienveillante.

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Gestion numérique de la crise sanitaire : quelques enseignements

Article publié dans Au-delà des enjeux, quels avenirs ? Annales des mines-Enjeux Numérique N° 20, Décembre 2022

La crise du Covid-19 est la première grande pandémie du XXIe siècle. Nous n’avons pas fini d’en analyser les conséquences. Parmi d’innombrables enseignements, elle a constitué le premier test majeur de la capacité du « numérique » à nous permettre de faire face aux épisodes de confinement et aux restrictions de déplacement.

C’est aussi la première crise sanitaire gérée numériquement. De bout en bout. Enfin presque : surveillance de l’épidémie, modélisations, pilotage des capacités hospitalières, téléconsultation, mise en œuvre des campagnes de test, puis du vaccin, traçage des contacts, suivi des patients à distance.

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