Peer competitor (compétiteur pair)

La disparition des russes a créé un grand trou dans les motivations, les méthodes et les concepts de défense aux États Unis. Avec la disparition du rival stratégique resurgit au premier plan la thématique du leadership américain : une primauté ( primacy) qui vise et ne vise qu’a se pérenniser .

« Il ne suffit pas d’être le primus inter pares. Il faut être le primus solus… ; L’ordre mondial et la sécurité nationale imposent aux États Unis de maintenir la primauté qui émerge de la Guerre Froide. L’effondrement de la bipolarité ne doit pas déboucher sur la multipolarité. L’unipolarité est préférable. » ( 1 )

Cet objectif autiste – la préservation de la suprématie- avait été formulé en mars 1992 dans une version de travail du Defense Planning Guidance. « Notre premier objectif est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ex Union Soviétique ou ailleurs, qui constituerait une menace comparable a celle de l’Union Soviétique dans le passé… Notre stratégie doit se recentrer pour éviter l’émergence d’un compétiteur global potentiel futur… ». Une fuite de ce document dans la presse suscita une intense controverse. L’administration Bush fut contrainte de prendre ses distances.

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Bonne administration de la vie publique

Tribune publiée dans le Monde du 30 décembre 1994

La « bonne administration de la justice » est une notion floue, qui permet toutes les dérives comme le montre le débat autour du désaisissement du juge Halphen.

Imaginons un justiciable en proie aux investigations de la justice. Chaque jour apporte son lot de révélations. Le juge d’instruction procède méthodiquement : il semble déterminé à aller jusqu’au bout, à remonter les filières. Son dessaisissement s’impose. Il ne faut pas trop compter sur la chancellerie : soumise à la surveillance des médias et de l’opinion, elle ne peut ou ne souhaite agir que dans l’ombre. Le code de procédure pénale a certes prévu de nombreuses voies de contestation : partialité, suspicion légitime… Le problème, c’est d’abord que le magistrat est incontestable. C’est aussi que, pour exercer un recours, il faut être « partie au procès », il faut être mis en examen. La mise en examen, c’est précisément ce que notre justiciable et ses amis souhaitent éviter. Pour notre justiciable, il ne reste dès lors qu’un biais pour parvenir au dessaisissement, celui dit de la « bonne administration de la justice ». Il appartient au seul ministère public de l’invoquer. Encore faut-il lui en fournir la matière ou le prétexte. La tentation peut être forte de fabriquer de toutes pièces une « atmosphère dessaisissante » qui incitera le juge à s’effacer ou, à défaut, qui permettra au parquet de le faire dessaisir.

L’affaire Halphen, ou plus précisément l’affaire Maréchal-Schuller, présente de nombreux traits communs avec cette fiction judiciaire. Au-delà des anomalies et bizarreries qui la jalonnent, cette affaire appelle, au moins, quatre observations.

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Information publique : glossaire

Accès

Possibilité ouverte aux personnes de consulter des documents ou des données. L’accès suppose à la fois une démarche active de la personne, qui demande communication d’un document, se déplace pour consulter un registre, et la collaboration de l’administration, qui communique le document demandé, ou permet la consultation de ses registres.

On oppose classiquement l’accès (et le droit d’accès) à la diffusion : dans l’accès, c’est la personne qui est à l’initiative, alors que dans la diffusion, c’est l’administration qui prend l’initiative de faire connaître, qui décide la publication.

L’accès aux documents administratifs est l’un des aspects du droit à l’information administrative.


Base de données

Ensemble de données enregistrées dans des fichiers électroniques, auxquelles un ordinateur peut accéder.

On distingue parfois base et banque de données, pour mettre l’accent sur l’effort d’organisation et de présentation que requiert une base de données pour être offerte à la consultation du public. Cette distinction base-banque de données recoupe la distinction donnée brute et donnée élaborée.

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Données publiques : accès, diffusion, commercialisation (1996)

« Que l’État ait à informer les citoyens de ses projets et de ses actions, qu’il ait un rôle à jouer dans la communication sociale, non seulement pour en fixer le cadre juridique et en garantir la bonne organisation et le déroulement harmonieux, mais pour agir comme l’une des sources de l’information, il y a là une préoccupation assez nouvelle des pouvoirs publics, et dont on ne saurait dire, en dépit des progrès récents, qu’elle soit parfaitement maîtrisée » ( 1 )

Cette préoccupation informationnelle s’est traduite, vers la fin des années 70 par une série de lois qui instauraient un droit à l’information : loi du 17 juillet 1978 sur la liberté d’accès aux documents administratifs, loi du 6 janvier 1978 sur l’informatique, les fichiers et les libertés, loi du 3 janvier 1979 sur les archives en 1979.

Au cours des années 80, l’accent s’est déplacé vers la diffusion. Les administrations ont utilisé le levier de la télématique pour mettre en mouvement, pour valoriser, les gisements d’informations qu’elles avaient constitués pour leurs besoins propres.

Cet effort de diffusion s’est orienté vers le grand public (considéré, en premier lieu, comme un public d’administrés) et vers les PME (qu’il convenait d’accompagner dans leurs démarches de compétitivité, d’innovation ou d’exportation). Plusieurs centaines de services télématiques ont ainsi vu le jour en quelques années.

La manière dont les administrations s’acquittaient de leur mission de diffusion a suscité peu de débats. Les choix éditoriaux (ce qu’elle diffusaient ou ne diffusaient pas), les politiques de tarification : il y avait pourtant matière à discussion. Ces enjeux n’ont pas attiré l’attention des médias, des responsables politiques. Ni celle de l’opinion.

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La Goverment Information aux Etats Unis : 20 années de débats intenses

Aux États Unis, l’information publique, sa diffusion, sa gestion, son contrôle, son ouverture font l’objet depuis 20 ans l’objet d’un débat permanent. Les différentes branches du pouvoir exécutif (Départements d’état, du Commerce, de la Défense, les agences fédérales), le Sénat, la Chambre des Représentants, les organisations professionnelles de la presse et des industries de l’information, la communauté scientifique, les professionnels des bibliothèques et de la documentation y prennent part. Les controverses entre le Congrès et la Présidence autour de l’information publique recoupaient, pour une large part, les lignes de clivage entre les deux familles, républicaine et démocrate.

La notion de « Government information » est aux États Unis présente dans les esprits. A la fois transversale et circonscrite, elle recouvre toutes les information collectées et détenues par les administrations fédérales.

L’information publique fédérale est considérée, dans la tradition politique américaine, comme un pilier de la démocratie. Le premier amendement à la constitution prévoit que le Congrès ne peut adopter de loi restreignant la liberté d’expression. Le Congrès veille scrupuleusement à ce que les citoyens et la presse puissent accéder librement à l’information fédérale. Le Government Printing Office fut institué en 1861. Le Printing Act de 1895 définit ses missions et le place sous le contrôle du pouvoir législatif. Le Depository Library Program fut institué en 1857 : il prévoit le dépôt des documents officiels dans un certain nombre d’universités et de bibliothèques ( 1 ).

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De l’activisme informationnel des administrations à la regulation de l’information publique (1996)

Les pouvoirs publics ont multiplié, au cours des 20 dernières années, les initiatives pour mobiliser, valoriser, diffuser, commercialiser les informations et données détenues par les administrations et établissements publics.

  • Une première période de colbertisme informationnel voit les pouvoirs publics tenter, sur un mode volontariste, de susciter l’émergence d’une industrie française de l’information. (1978- 1985).
  • Avec le lancement à grande échelle du programme télématique, les administrations se lancent fébrilement dans l’exploitation de services d’information (1982-1990).
  • Au début des années 90, les industries de l’information accèdent à la maturité. La compétition se durcit. Les gisements de données qui permettent d’exploiter les (rares) poches de solvabilité du marché de l’information suscitent concurrences et rivalités. Cette troisième période voit se cristalliser des tensions entre acteurs publics et privés pour l’accès aux données publiques.

Au moment ou le débat sur la commercialisation des données publiques rebondit en France, on voit émerger une représentation unifiée de l’information publique. On voit poindre aussi autour d’Internet de nouveaux principes et pratiques dans la diffusion de l’information publique.


Vers la fin des années 70, le Parlement et les grandes banques se connectent à un serveur américain pour consulter les statistiques françaises, faute de les obtenir rapidement de l’INSEE. Cette situation frappe les esprits : pour accéder aux informations économiques, internationales, mais aussi françaises, les entreprises dépendront elles à l’avenir de fournisseurs américains ?

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Deniers publics et données publiques aux Etats Unis

Informatisation des administrations, transparence administrative, commercialisation des données publiques… En Europe, cette modernisation de l’infrastructure informationnelle publique a été pensée et conduite comme un processus d’ajustement : elle a suscité peu de controverses. Aux États Unis, elle fait l’objet depuis 20 ans de débats intenses, au Congrès et dans la presse. Alors que l’information publique, sa gestion, sa diffusion, semblent relever en France et en Europe d’une intendance peu controversée, elle relève aux États Unis du débat politique.

Ces controverses américaines autour de l’information ne seraient elles qu’un effet du fonctionnement très démocratique et très procédural des institutions américaines ? Consultations, auditions, rivalité entre les pouvoirs présidentiel et législatif : le débat américain semble se nourrir de lui-même. Cette clé de lecture n’épuise pas la question.


L’information publique, fondement de la démocratie

La « Government information » constitue aux États Unis un domaine de préoccupations, à la transversal et circonscrit : elle recouvre toutes les informations collectées et détenues par les administrations fédérales. ( 1 )

  • L’information publique fédérale est considérée, dans la tradition politique américaine, comme un pilier de la démocratie. Le premier amendement à la constitution prévoit que le Congrès ne peut adopter de loi restreignant la liberté d’expression. Le Congrès veille scrupuleusement à ce que les citoyens et la presse puissent accéder librement à l’information fédérale. Le Government Printing Office fut institué en 1861.
  • Le Printing Act de 1895 définit ses missions et le place sous le contrôle du pouvoir législatif.
  • Le Depository Library Program fut institué en 1857 : il prévoit le dépôt des documents officiels dans un certain nombre d’universités et de bibliothèques. Il institue un « filet de sécurité informationnel » (information safety net) pour le grand public.
  • Le Freedom Act of Information (FOIA) institue en 1966 le principe de l’accès aux documents administratifs.
  • En outre, la loi sur le Copyright place l’information fédérale dans le domaine public : la diffusion de l’information fédérale doit être aussi libre que possible et ne peut faire l’objet d’aucune restriction. ( 2 )

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Le principe de réciprocité : comment Clinton a refondé en 1992 le programme démocrate

Article paru dans Veille Sociovision 12 (Mai 1993)

Pendant la campagne des élections municipales à New York, en 1989, un journaliste posa à tous les candidats la même question : qu’est-ce que la société doit à un enfant de quinze ans et que doit cet enfant à la société ? Tous furent capables de répondre au premier volet de la question ; le second volet laissa la plupart d’entre eux perplexes.

Cette question était perçue il y a quatre ans comme une question « tordue », embarrassante.

La réponse à cette question était au coeur du programme et de la campagne de Bill Clinton.

En Europe, la presse a focalisé son attention sur le volet économique du projet clintonien : le programme de relance, la réduction du déficit budgétaire, l’amorce d’une politique industrielle, l’investissement dans les infrastructures, le durcissement des relations commerciales.

En fait, le projet clintonien était beaucoup plus global : sociétal.

Ses trois thèmes du changement, de l’investissement et de la responsabilité (ou réciprocité, ou obligation mutuelle) se nourrissaient de l’observation d’une floraison d’innovations mises en oeuvre au niveau des Etats depuis trois-quatre ans.

Une lecture attentive des travaux d’un grand nombre de think tanks démocrates, et notamment du Progressive Policy Institute et du Democratic Leadership Council, tous deux proches de Bill Clinton, donne la mesure du bouillonnement intellectuel qui a préparé son élection et surtout l’ambition des néo-démocrates qui se proposent d’étendre et généraliser les innovations institutionnelles les plus opérantes.

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Information et performance globale …

Article paru dans le Monde Diplomatique Avril 1993 sous le titre « L’information clé du pouvoir ? »

Être performant, en économie, signifie-t-il désormais être informé ?

La question se pose à nouveau à la lecture d’un récent rapport du commissariat général du Plan. [1] Ses auteurs proposent en effet de placer les années 90 sous le signe de la « performance globale » : formation, innovation, attractivité du territoire, réseaux de communication, mesures fiscales visant à orienter l’investissement vers les entreprises.

Le programme du président William Clinton ne dit pas autre chose. Parmi les cinq éléments-clés de la « performance globale » retenus par le Plan, trois relèvent de ce que les économistes appellent l’information.

La performance, parce qu’elle intègre une telle dose d’information, dès lors, devient « informance ». Elle est, en effet, le résultat de la densité et de la fluidité des échanges d’informations entre les services de l’Etat et les entreprises ; entre les entreprises ; entre l’Etat et les citoyens ; entre les citoyens et les entreprises ; voire, au sein de l’Etat, entre exécutif et législatif, ou entre administrations. Dans cette démarche globale, le Japon et les Etats-Unis, chacun à sa manière, semblent avoir pris une nette avance sur leurs concurrents.

L’abondante littérature consacrée au « modèle » japonais accorde une place de premier plan à son ingénierie de l’information, dont la description est devenue une discipline en soi. Experts et chercheurs spécialisés oscillent entre deux approches.

La première, que l’on pourrait qualifier de « culturaliste », est centrée sur la mise en évidence d’une conception spécifiquement nippone de l’information, qui serait enracinée dans l’histoire.

La seconde décrit les phénomènes de mobilisation de l’information, les institutions qui la mettent en mouvement, les modes d’organisation qui assurent sa circulation.  ( 2 )

Les Japonais, de leur côté, sont peut-être plus conscients des défaillances et des opacités de leur dispositif, et notamment du conformisme de leur presse, de sa connivence avec les institutions, du verrouillage assuré par les clubs de la presse, qui monopolisent et filtrent les nouvelles.

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Jurassic Park, théorie du Chaos et pédagogie de la complexité

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Note parue dans Veille Sociovision 13 (Décembre 1993)

Beaucoup de choses ont été dites sur Jurassic Park.

  • Son budget initial (80 millions de dollars, amortis en quelques jours), le budget de publicité de 90 millions de dollars, l’orchestration savante de la diffusion des produits dérivés, le record historique d’entrées et de recettes (un milliard de dollars).
  • La qualité des effets spéciaux, la combinaison des techniques d’animation de marionnettes grandeur nature avec celle de l’image de synthèse, annonçant une nouvelle génération technique de films…
  • Le succès du film, la « dinomania », réactive aussi l’interrogation sur l’étrange fascination qu’ont exercé et que continuent d’exercer les dinosaures sur les enfants.
  • Enfin, le film a suscité une vive controverse en France, tant il incarnait (en pleine négociation du GATT) l’invasion de la culture américaine.

Il y a cependant deux autres raisons de s’intéresser à Jurassic Park.

  • Jurassic Park illustre l’accélération du cycle de diffusion des théories scientifiques. La théorie du chaos prend forme dans les années 60, se propage à la périphérie de diverses disciplines dans les années 70. Les premiers ouvrages de vulgarisation paraissent des la fin des années 80. Le roman « Jurassic Park » de Michael Crichton parait en 1991. Le film sort deux ans plus tard.
  • Les lecteurs du roman Jurassic Park se comptent en centaines de milliers. Ceux du film en dizaines de millions . En d’autres termes, le film aura porté à la connaissance d’un trés large public dans 43 pays quelques notions élémentaires de théorie du chaos et plus généralement les outils conceptuels qui permettent de se représenter les phénomènes complexes.

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